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MessagePosté le: Mar 3 Avr 2007 - 18:46    Sujet du message: La Demeure close Répondre en citant

Je voudrais vous faire part du premier chapitre d'une nouvelle que j'ai commencé à rédiger il y a bien longtemps... Mes influences sont diverses et se traduisent par des images et des associations d'idées parfois un peu surprenantes. J'espère que vous apprécierez mais, dans tous les cas, laissez-moi vos impressions et remarques. Bonne lecture !

La Demeure close


Chapitre I. – Ordre et mesure



Personne ne saura jamais dire où elle s’arrêta. Jeune femme frêle, blonde aux mèches brunes, timide et craintive, elle se réveilla lorsque la pendule cessa sa marche folle. En d’autres lieux, elle aurait appelé – en vain, comme toujours – à l’aide, ou tout du moins, elle se serait interrogée, aurait recherché une quelconque présence. Pas aujourd’hui – non, pas là, pas en cet endroit froid et inhospitalier.
Elle arrangea les plis de sa robe blanche un peu trop ajustée à son goût, saisit les escarpins qui se trouvaient à ses côtés – comment savait-elle qu’ils étaient à cet endroit précis ? – et se releva. Une légère brise soufflait en ces lieux, courant d’air qui s’échappait par une fenêtre, une fenêtre en face d’elle, sur ce mur blanc cassé. L’ouverture était bien trop haute, même avec la chaise en osier qui se trouvait en-dessous, jamais elle n’aurait pu l’atteindre de ses bras trop courts. Elle se retourna, attrapa le manteau d’hermine qu’elle avait laissé là – mais quand ? –, chaussa ses escarpins et endossa le pardessus. Elle releva la tête et découvrit une immense porte (close, bien entendu), haute, faite de bois et d’étain, aux poignées sculptées en forme de feuilles de chêne. Deux petites vitres étaient percées plus haut, à même le bois de hêtre, et laissaient passer une lumière diaphane et blanchâtre, rai brumeux filtré et découpé par de petits barreaux de fer forgé situées à l’extérieur des vitres.
La jeune fille s’approcha de la poignée, tendit la main, lentement, de peur de réveiller les ombres, mais renonça à quelques centimètres, à quelques éternités de l’excroissance de métal. Elle recula sa main, replia quelque peu ses doigts fins et doux, laissa échapper un petit soupir – l’on n’aurait pas pu dire s’il traduisait son exaspération ou sa peur – leva la tête vers les cieux, et découvrit un plafond fait de marbre blanc strié de raies noires irrégulières. La matière était si pure qu’elle aurait pu se noyer en son sein à tout jamais ; mais elle avait bien mieux à faire – mais qu’avait-elle à faire dans un monde figé où rien ne pouvait être détruit et rien bâti ?
Un silence étonnant régnait dans cette demeure. Un de ces silences matinaux qui ne dit rien et qui dit tout : la demeure devait être en campagne – y était-elle réellement ? Nul n’aurait pu le dire. L’odeur de l’herbe mouillée fraîchement coupée, la rumeur vague et incertaine d’un cours d’eau limpide semblaient dessiner un cadre isolé et rural. La jeune femme se tourna sur sa droite.
En face d’elle se dressait un escalier majestueux, fait tout de marbre lui aussi, mais dont les rampes reflétaient cette lumière pure et inquiétante de leur agate noire et lustrée ; les ferronneries qui les soutenaient avaient été argentées, jadis – si tant est qu’un hypothétique « jadis » eût existé. Un premier palier s’arrêtait au niveau d’un mur écru que masquait un pilier corinthien – plutôt un piédestal – surmonté d’un buste sévère, d’une sculpture d’homme, de vieillard, son monocle sur l’œil droit, sa moustache finement taillée, ses cheveux propres et coiffés. Il paraissait regarder sur sa droite, là où l’escalier reprenant, esquissant un léger colimaçon vers l’étage supérieur. De l’autre côté, sur la droite, une volée de marches similaire devait mener au même degré. La jeune femme s’approcha de l’escalier, les contours de ses jambes galbées se dessinant dans les plus de sa robe. Elle s’arrêta un instant au pied de la première marche. Le souffle lui manquait, pourtant, elle n’avait parcouru que quelques mètres, tout au plus : une distance infinie.
Elle leva la tête vers le buste, empoigna la rampe et gravit une à une les marches qui l’en séparaient. A mi-chemin, ses escarpins se mirent à la blesser ; elle les ôta et les laissa tomber au sol. Le fracas qu’ils firent en tombant résonna dans tout le vestibule qu’elle venait de quitter et survola l’escalier pour faire écho à l’étage supérieur, puis aux degrés suivants, le bruit s’évanouissant avec l’altitude. Elle se remit en marche et parvint enfin à ce premier palier. Se souvenant – y avait-il des souvenirs ? – des mésaventures de la femme de Loth, elle ne se retourna pas. Elle s’approcha du buste, élevant sa main, mais était-ce là une protection dérisoire face à la blancheur de son ivoire ou une tentative inespérée d’en saisir les contours ? Les doigts légèrement repliés effleurèrent la matière glaciale. Ils suivirent un instant – plusieurs – les plis et les rugosités de ce visage impénétrable et auguste, avant de retomber sous l’effet de ce bras alourdi que la jeune femme ne parvenait plus à soulever.
Que fallait-il faire ? Prendre l’escalier de gauche, ou de droite ? L’hésitation fut brève – d’une longueur… –, elle reprit son ascension par la gauche, craignant un potentiel jugement de cet ancêtre strict qu’elle connaissait si bien – bien que l’on ne connaisse jamais personne autant que l’on ne l’aurait voulu.
Son manteau d’hermine la protégeait des rayons frais d’un soleil pâle, probablement hivernal, et elle s’en débarrassa bientôt, le laissant choir au milieu de cette deuxième cage d’escaliers, qui semblait venir des enfers et ne mener nulle part. Le souffle faillit lui manque une nouvelle fois, mais elle se baissa pour ramasser une longue traîne de robe de mariée, déchirée et arrachée à l’ensemble du vêtement depuis bien longtemps – depuis quelques secondes. Juste au-dessus de cette traîne, un arum blanc tacheté de jaune pâle, au cœur d’un vert profond, retint son attention. Elle s’en saisit, et se releva, le tissu et la fleur dans une seule main. Ses pieds nus gravirent une à une les marches restantes.
Un couloir s’étendait désormais devant elle, indéfiniment, s’achevant sur une porte qu’elle ne pouvait pas voir, mais qu’elle savait en bois de noisetier vernis. A ses pieds, juste au niveau du palier, un long drap blanc chiffonné, jeté négligemment au sol dans un moment de rage ou de déception, peut-être même de ferveur – mais par qui ? La jeune femme le saisit dans sa main encore libre, n’en prenant qu’une extrémité pour que le reste de son ample tissage traîne au sol dans un bruit suave et mystérieux.
Elle s’engagea dans ce long couloir, vaste et lumineux, éclairé de chaque côté par une série de portes-fenêtres en métal forgé, qui donnaient chacune sur une terrasse orientée vers le Sud ou vers le Nord. Cependant, l’extérieur était inaccessible et inintéressant ; ce qui la fascina d’emblée, ce fut une deuxième statue, la première d’une longue rangée qui comblait l’intervalle vide entre chaque fenêtre du côté gauche. C’était là une véritable sculpture, faite toute en finesse, celle d’une jeune femme, plus âgée qu’elle, agenouillée, recueillant dans une mince coupelle une flamme mourante. Elle ne put résister à l’envie de parcourir des doigts son visage fin, son nez aquilin, ses pommettes douces et ses lèvres épaisses.
Elle remarqua alors que cette statue se dressait devant un miroir maculé de rouille dans les coins, jauni sous l’effet des siècles – des secondes – dans lequel elle se reflétait tout de même, malgré la poussière et les incurvations. Elle lâcha le long voile de lin sur la coupe de la sculpture, surprise et émue par son reflet. Elle balaya de la main la surface réfléchissante et ne put retenir un large sourire ; elle versa, bouleversée, des larmes de joie.
Elle se détourna prestement vers le fond du couloir, et s’y dirigea, tenant toujours dans sa main droite l’arum et la traîne. Elle ne fit aucunement attention aux autres sculptures sur le côté gauche, changeantes, fantasques, pleines de grâce et de superbe. Ses pieds nus sentaient à chaque pas des picotements de fraîcheur, surprenant un sol immaculé et troublé, espace infini et pourtant si limité, océan de marbre menaçant, voûte céleste emplie de souvenirs lointains et proches.
Blessée en son for intérieur, la jeune femme s’écroula au sol et mit genoux à terre, la tête baissée, essoufflée. Des larmes de douleur coulèrent sur son teint rougi par la honte, elle tenta de se rasséréner, mais en vain ; elle désirait hurler, et rien ne perturba l’impassible silence de ces lieux. La pression de la mémoire était inexorable, ainsi que le rappelait ses statues, dressées fièrement sur leur socle d’ivoire, ensanglantées et déliquescentes. Les doigts légèrement repliés, elle parcourut l’espace qui s’ouvrait devant elle, pareille à une aveugle apeurée, transpercée par un froid mortel qui atteignait les tréfonds de son âme. Vacillante, elle se releva enfin, mais le souffle du vent semblait d’une telle force qu’elle ne put soutenir la froidure qui s’empare de tout un chacun. Où était l’ample manteau d’hermine ? A jamais disparu, perdu dans les rets de ces volées impitoyables, enfer d’un corps noyé dans l’immensité.

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MessagePosté le: Mar 3 Avr 2007 - 18:46    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mar 3 Avr 2007 - 19:31    Sujet du message: La Demeure close Répondre en citant

Moi je trouve ça vraiment très beau et très bien écrit. Nous sommes plusieurs ici à écrire, mais alors on est loin de cette fluidité des phrases. Tu as le sens du détail et on est dans ce couloir, dans cette maison avec cette femme.
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MessagePosté le: Mar 3 Avr 2007 - 20:51    Sujet du message: La Demeure close Répondre en citant

Merci beaucoup, ça me fait chaud au coeur... Je vois que je n'écris pas que des bêtises, au moins.
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MessagePosté le: Mar 3 Avr 2007 - 21:27    Sujet du message: La Demeure close Répondre en citant

mais non tiens je vais mettre l'un de mes poème que j'aime beaucoup, j'en ai plusieurs mais dans des styles très différents!
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MessagePosté le: Mar 3 Avr 2007 - 23:50    Sujet du message: La Demeure close Répondre en citant

moi qui suis issue d'une filière littéraire j'apprécie beaucoup les écrits, je vais donc prendre le temps de lire ce que tu as écrit et je te donnerais mes impressions ensuite!
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MessagePosté le: Mer 4 Avr 2007 - 13:18    Sujet du message: La Demeure close Répondre en citant

Oh, une ancienne littéraire :p Ca fait plaisir de se retrouver entre gens de la même corporation mdr
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MessagePosté le: Mer 4 Avr 2007 - 14:33    Sujet du message: La Demeure close Répondre en citant

je ne sais que dire... tu écris d'une façon vraiment intéressante. tu décris les choses avec une telle précision que l'on a aucun mal à les visualiser dans son esprit. on ressent vraiment les choses, les personnes et les lieux d'une façon très nette. c'est très agréable à lire en tout cas!
écrire semble t'être vraiment une chose aisée et naturelle. tu as une maitrise de l'écriture vraiment impressionnante.
tu as une suite à ce chapitre? je serais vraiment curieuse de connaitre la suite, si suite il y a bien sur!
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MessagePosté le: Mer 4 Avr 2007 - 21:03    Sujet du message: La Demeure close Répondre en citant

Il y a une suite, ma nouvelle se construit en deux chapitres et un épilogue. Mais je n'ai guère le temps de m'atteler à la tâche en ce moment...
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MessagePosté le: Mer 4 Avr 2007 - 21:24    Sujet du message: La Demeure close Répondre en citant

fais nous signe quand suite il y aura! moi aussi ça m'intéresse!
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MessagePosté le: Mer 4 Avr 2007 - 23:16    Sujet du message: La Demeure close Répondre en citant

oui quand tu l'auras terminé, je serais ravie de la lire!
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