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Les contes cruels

 
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Avant que l'ombre...
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MessagePosté le: Ven 27 Juin 2008 - 23:25    Sujet du message: Les contes cruels Répondre en citant

J'ai eu un pic d'inspiration pour écrire, ce soir, dites-moi ce que vous pensez de ce conte cruel...

Les drapeaux flottants


La chaleur et la promiscuité avaient fini par me peser dans ce lieu de perdition, cet endroit souterrain où chacun venait oublier la dureté de la vie et vivre dans un autre monde, en transe, dans une musique assourdissante, saturée de basses et d’effets électroniques, dans la vodka, le gin ou la cocaïne. Au dehors, l’air glacé de l’hiver semblait une légère brise d’été, comme celle qui nous rafraîchit au bord de l’océan, à l’aube d’un jour nouveau et ensoleillé, avec, dans le lointain, le hurlement des mouettes rieuses ou la sirène d’un paquebot.
Je m’allumai une cigarette, adossé contre le mur de la discothèque, tâchant de ne penser à rien d’autre qu’à ce vent froid qui pénétrait à travers mes vêtements légers et me brûlait la peau. Quelle sensation de plaisir… Je m’étais mis quelque peu à l’écart de l’entrée, histoire de ne pas être ennuyé par les allers et venues des clients de ce lieu maudit ou par ces vigiles au visage peu amène, semblables à des cerbères enragés qui harcèlent les mânes des défunts de leurs aboiements furieux. Je ne pouvais être vu de personne, dans ce petit recoin de cette rue étroite, personne ne passait dans le quartier après minuit et seul le bruit étouffé d’une étrange chanson, qui filtrait au travers des lourdes portes de la boîte de nuit, me parvenait, comme l’écho d’un monde oublié. Lorsque j’avais quitté le sofa où j’étais installé avec mon fiancé et quelques connaissances, qui se soûlaient au rhum dilué dans un quelconque soda, un titre assez connu électrisait la piste de danse. Je crois que la voix cristalline de la chanteuse, qu’accompagnait une mélodie rythmée, musclée et enivrante, susurrait ces quelques paroles sibyllines : « Coma des sexes, des Styx, extatique… ». Ses allitérations et jeux de sonorités trottaient encore dans ma tête.
Je sursautai : un chat noir, sans doute effarouché par ma présence ou mon ombre allongée et qui venait de passer devant moi, me regarda fixement pendant un instant, les oreilles rabattues sur le haut de son crâne, et se mit à cracher. J’étais visiblement un intrus sur son terrain de chasse au mulot. Quelque peu rasséréné, je m’allumai une autre cigarette et donnai à mon corps la dose de nicotine, butane, arsenic et uranium dont il avait besoin pour s’asphyxier lentement. Je sentais la fumée pénétrer dans ma cavité nasale et ressortir lentement, me brûlant presque les entrailles. Quelle sensation de plaisir…
Une de mes amies, qui m’avait prévenu qu’elle devait nous quitter avant deux heures du matin pour rentrer chez elle, passa précipitamment et me fit signe de la main pour me dire au revoir. Je lui répondis par un hochement de tête, presque machinalement, puis écrasai mon deuxième mégot au sol, sur le pavé mouillé par de la neige fondue. Le liquide boueux tachait mes chaussures de toile depuis que j’étais sorti et finit par filtrer complètement jusqu’à venir saisir mes pieds dans une sorte de froid subit et mordant. Une troisième cigarette me ferait le plus grand bien, il me fallait oublier ces paroles cruelles, impitoyables, certes prononcées sous l’empire de l’alcool, mais qui s’étaient plantées au plus profond de mon cœur : « Dégage, tu me gaves avec tes problèmes ! ». Comment avait-il pu me dire cela quelques heures après ses nouvelles déclarations enflammées à propos de son amour pour moi ? Décidément, certains spiritueux antillais font bien du tort au discernement…
Je me souvenais de nos derniers ébats, dans l’appartement, nous déplaçant au gré de nos envies entre la cuisine, la chambre ou le couloir. Je me rappelais la façon dont il m’avait fait l’amour à ce moment-là, dans une sorte de rage libidineuse mais aussi avec une profonde passion qui me faisait presque peur. Ses mains faisaient frémir mon corps chaque fois qu’elles passaient sur mes hanches ou mes cuisses, son souffle dans mon cou ou ma nuque créait chez moi une sorte d’effroi mêlé de plaisir. J’étais comme prisonnier de ses bras, un détenu qui n’a aucunement l’intention de s’évader et aime trop sa torture pour en blâmer le bourreau. Les souvenirs, par la suite, devenaient confus.
La porte de la discothèque s’ouvrit pour laisser entrer quelques amateurs de musique synthétique qui m’avaient surpris à leur arrivée. Une quatrième cigarette, et je tâcherais de rentrer après avoir montré le tatouage au henné apposé sur le revers de ma main droite et qui signifiait que j’avais bel et bien payé le droit de m’abrutir dans la transpiration et la surdité. Mon briquet embrasa ce bâtonnet empoisonné qui servait à calmer ma soif d’automutilation et de calcination des poumons. Ma cigarette tomba à terre.
Je me souvins très distinctement de son expression, à la fois sérieuse et agressive, lorsqu’il me saisit dans la cuisine, déboutonnant rapidement son pantalon et me plaquant sur la table basse. Je me rappelai parfaitement de la façon dont il me mordilla le lobe de l’oreille avant de me porter sur le sofa, murmurant des paroles presque incompréhensibles. Tout devint plus clair, la manière dont il me pénétra, de force mais sans qu’aucune résistance ne lui fût opposée, dans une sorte de folie autodestructrice d’un corps qui se soumet entièrement. Je me souvins que je passai les mains dans son dos, m’agrippant à sa chemise pour ne pas tomber du divan tant ses coups de boutoir me faisaient trembler et gémir.
Je m’effondrai au sol, devant la discothèque, la tête ensanglantée par le choc contre le pavé mouillé, le pantalon débraillé. Mes mains firent un dernier mouvement convulsif pour tenter de retenir l’agresseur anonyme qui, après avoir reculé et émis un petit ricanement, se retourna et se mit à courir en direction de l’avenue adjacente. Mes yeux se portèrent alors vers ces drapeaux qui flottaient au-dessus de moi, vers cet étendard bleuté qui arborait fièrement son cercle d’étoiles porteuses d’un message de paix et de perfection. Quelle sensation de plaisir…

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MessagePosté le: Ven 27 Juin 2008 - 23:25    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Sam 28 Juin 2008 - 00:58    Sujet du message: Les contes cruels Répondre en citant

Un autre conte, ce sera tout pour ce soir

Les lucioles blanches


Lorsque je me relevai, ma main heurta, dans un mouvement involontaire, un morceau de gravier coupant comme une lame d’acier et s’écorcha superficiellement. Je ne distinguai d’abord rien de bien précis autour de moi, mes yeux semblaient englués dans une réalité diffuse et dispersée, comme embués par une épaisse vapeur. Le froid qui régnait en ce lieu me saisit presque immédiatement, en revanche, et je tâchai de boutonner mon chandail effiloché, frissonnant et transi. La vue se dégagea peu à peu et j’aperçus rapidement cette perspective morne et infinie qui s’offrait à moi.
Je me mis à marcher en évitant soigneusement les débris et gravats qui jonchaient le sol sur des kilomètres à la ronde, manquant sans cesse de trébucher sur des décombres plus ou moins bien dissimulés. Je me tordis la cheville plusieurs fois, puis me redressai et poursuivai mon chemin sans but ni destination. J’entendis tout à coup des crépitements et de petites explosions à la surface du sol, hagard et effrayé. Autour de moi volaient de petites lucioles qui immanquablement s’écrasaient au sol et disparaissaient en un instant, cessant d’émettre leur phosphorescence, rassurante à mes yeux. De temps à autre, je piétinais un petit monticule dont j’ignorais la nature exacte, tout soucieux que j’étais de ne pas me faire griffer par les tiges métalliques qui éventraient les plaques de béton disjointes. J’inhalais à chaque inspiration un souffle acide et profondément anesthésiant qui se solidifiait dans mon corps en un plasma glacial.
Quelques bruits de pas attirèrent mon attention derrière moi. Je me retournai brusquement. « What are you doing here ? » Stupéfait, je ne savais que répondre à ce qui me semblait être une question. Le canon de son fusil était braqué sur ma poitrine, comme un trou noir fascinant et vertigineux. Je m’agenouillai, mort de fatigue et soumis à une force inconnue. Un long tube de fer peroxydé vint se planter dans ma cuisse et je lâchai un cri sec et bref qui sembla terroriser le soldat en face de moi, lequel était toujours debout, prostré dans une attitude méfiante. Je laissai tout mon buste basculer vers le sol et ma tête se posa violemment sur une tuile ébréchée.
Réveillé de ma profonde torpeur, je sentis des mains parcourir ma jambe droite et une pression toujours plus intense en deçà de mon genou. « Be quiet, you’re hurt, I’ll have to cure you. » Il avait je crois enlevé son casque, laissant ses cheveux d’un noir profond trancher dans le ciel nuageux et grisâtre. Il appliqua un peu de brandy sur ma plaie béante, la désinfection me fit tressaillir dans une sorte de convulsion névrotique. Tout autour de nous, les lucioles continuaient leur ballet mortifère et lumineux, dans une grâce majestueuse qui me fit esquisser un léger sourire. Mes yeux se refermèrent sur leur danse erratique et mes oreilles devinrent sourdes à leur crépitation pneumonique.
Le flux qui pénétrait dans ma bouche me réveilla en sursaut, la panique s’empara de moi lorsque je constatai qu’il tentait de m’insuffler la vie. Au contact de ses lèvres, mes bras languissants s’accrochèrent à son cou, puis lâchèrent aussitôt prise. En glissant sur son visage, mes doigts sentirent les aspérités de ses joues mal rasées. Je le laissai répéter l’opération plusieurs fois, mais il se rendit très vite compte qu’il avait réussi la réanimation. M’ayant disposé les bras en crois, il se saisit de son couteau à cran d’arrêt et lacéra la partie latérale de mon pantalon pour laisser respirer ma blessure. Il semblait bredouiller des paroles tout à fait inaudibles dans une langue étrange que je n’avais jamais entendue nulle part. Je m’efforçai de lui parler, mais ma langue était sèche et je ne m’exprimais que par râles et gémissements. « What are you telling me ? I don’t understand you. » Autour de nous deux, implacables, ces maudits insectes mouraient par milliers, hurlant dans leur lente agonie sur cette étendue bétonnée et sans vie.
Ma conscience intermittente ne me permettait que quelques moments de lucidité, au cours desquels je le suppliais de ne pas m’abandonner sur ce champ de ruines. Je lui demandais frénétiquement s’il avait croisé d’autres personnes, des membres de ma famille, ma sœur, peut-être, mais en vain. Ses mains circulaient partout sur mon corps, me procurant une sensation lénifiante. « I can’t understand what you’re saying. Please don’t move. » Il tâche de me faire absorber un breuvage repoussant qui me donna un violent haut-le-cœur. Constatant mon malaise et ma toux, il n’insista pas plus. Il se mit à sécher les larmes qui coulaient sur mon visage et à murmurer quelques paroles qui se voulaient sans nul doute réconfortantes. Il s’accroupit face à moi et tenta de relever la masse inerte de mon corps. Au bout de la quatrième tentative, il parvint finalement à me mettre à genoux devant lui et me serra contre son torse. Sentant la vie m’abandonner peu à peu, je me cramponnai désespérément à son treillis tandis qu’il se saisissait d’un petit émetteur qu’il conservait dans son sac à dos. La tête posée sur son épaule, je sentis lentement les lucioles fermer m’obstruer la vue jusqu’à la cécité totale. Peu avant de basculer dans un gouffre insondable, je perçus les derniers mots de ce soldat dont je ne savais s’il était mon ami ou mon ennemi : « Joshua’s speaking… I’ve found a survivor… He’s just passed out… No, nobody else… That’s allright… ».
Autour de nous deux, dans une sorte d’aura brillante et bienfaisante, la neige atomique acheva d’ensemencer le sol stérile d’Hiroshima.

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MessagePosté le: Ven 8 Fév 2013 - 13:32    Sujet du message: Les contes cruels Répondre en citant

J'adore ce genre de contes.Elle me plaît beaucoup.Merci pour tous vos efforts.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 03:52    Sujet du message: Les contes cruels

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