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Charles Baudelaire
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mymy
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 17:54    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

quelques lettres de Charles Baudelaire

Lettre à Monsieur Autard de Bragard (écrit le 20 octobre 1841 à Ile de Bourbon)

Mon bon Monsieur Autard,

Vous m'avez demandé quelques vers à Maurice pour votre femme, et je ne vous ai pas oublié. Comme il est bon, décent, et convenable, que des vers, adressés à une dame par un jeune homme passent par les mains de son mari avant d'arriver à elle, c'est à vous que je les envoie, afin que vous ne les lui montriez que si cela vous plaît.

Depuis que je vous ai quitté, j'ai souvent pensé a vous et à vos excellents amis. Je n'oublierai pas certes les bonnes matinées que vous m'avez données, vous, Madame Autard, et M. B

Si je n'aimais et si je ne regrettais pas tant Paris, je resterais le plus longtemps possible auprès de vous, et je vous forcerais à m'aimer et à me trouver un peu moins baroque que je n'en ai l'air.

Il est peu probable que je retourne à Maurice, à moins que le navire sur lequel je pars pour Bordeaux (l'Alcide) n'y aille chercher des passagers.

Voici mon sonnet :

Au pays parfumé que le soleil caresse,

J'ai vu, dans un retrait de tamarins ambrés,

...

Donc, je vais vous attendre en France.

Mes compliments bien respectueux à Madame Autard.


Lettre à Alphonse Baudelaire (écrit en janvier 1834 à Lyon)

Charles, cadet, à Alphonse, l'aîné,
Salut et Bonne Année.
Encore un an d'écoulé ; au mois d'avril j'aurai treize ans, et deux se seront passés loin de mon frère, de Mme Tirlet, de Paris enfin, de Paris que je regrette tant. Qu'on s'ennuie au collège, surtout au collège de Lyon. Les murs en sont si tristes, si crasseux et si humides, les classes si obscures, les caractères lyonnais si différent du caractère parisien ! Mais enfin le temps s'approche où je vais retourner à Paris. Là, je retrouverai mon frère, ma sœur, Théodore, Mme Tirlet, Eugène son fils, Paul et Alfred Pérignon ; il faut espérer que ma mère et mon père m'y suivront de près.
Je regrette les boulevards, et les bonbons de Berthellemot, et l'universel magasin de Giroux, et les riches bazars dans lesquels l'on trouve si amplement de quoi faire de belles étrennes. A Lyon, une seule boutique pour les beaux livres, deux pour les gâteaux et les bonbons, ainsi du reste. Oh ! rari nantes in gurgite vasto. C'est bien le cas d'appliquer le précepte. Dans cette ville noire des fumées du charbon de terre, on [n']y trouve que de gros marrons et de fines soieries.
Je t'avais promis des étrennes, une place de premier ou second, mais... mais... Je ne sais que dire pour m'excuser. Je n'ose plus promettre, parce que si le découragement s'empare encore de moi... Ce découragement est assez excusable. A peine suis-je rentré au collège que je n'ai gagné que des mauvaises [notes]. Ajoute à cela le souvenir de mon ancienne splendeur. Je parle de ma force de classe de l'année passée. Car enfin quoique je n'aie pas eu de prix [j'ai] cependant brillé pendant tout le courant de l'année. Espérons cependant qu'en voyant ceux qui étaient au-dessous de moi me passer sur le corps, je me ranimerai et que par mon travail je mériterai mieux mes étrennes.
Que ma sœur Théodore reçoivent aussi mes vœux pour l'année qui commence. Papa et maman te rappellent à leur souvenir.
CHARLES.


Lettre à Sainte-Beuve ( écrit en 1844 à Paris )

Monsieur,
Stendhal a dit quelque part - ceci ou à peu près - : J'écris pour une dizaine d'âmes que je ne verrai peut-être jamais, mais que j'adore sans les avoir vues.
Ces paroles, Monsieur, ne sont-elle pas une excellente excuse pour les importuns, et n'est-il pas clair que tout écrivain est responsable des sympathies qu'il éveille ?
Ces vers ont été faits pour vous - et si naïvement - que lorsqu'ils furent achevés, je me suis demandé s'ils ne ressemblaient pas à une impertinence, - et si la personne louée, - n'avait pas le droit de s'offenser de l'éloge. - J'attends que vous daigniez m'en dire votre avis. -

Tous imberbes alors, sur les vieux bancs de chêne
Plus polis et luisants que des anneaux de chaîne,
Que, jour à jour, la peau des hommes a fourbis,
- Nous traînions tristement nos ennuis, accroupis
Et voûtés sous le ciel carré des solitudes,
Où l'enfant boit, dix ans, l'âpre lait des études.
- C'était dans ce vieux temps, mémorable et marquant,
Où forcés d'élargir le classique carcan,
Les professeurs, encor rebelles à vos rimes,
Succombaient sous l'effort de nos folles escrimes
Et laissaient l'écolier, triomphant et mutin,
Faire à l'aise hurler Triboulet en latin. -
- Qui de nous en ces temps d'adolescences pâles,
N'a connu la torpeur des fatigues claustrales,
- L'oeil perdu dans l'azur morne d'un ciel d'été,
Ou l'éblouissement de la neige, - guetté,
L'oreille avide et droite, - et bu, comme une meute,
L'écho lointain d'un livre, ou le cri d'une émeute - ?

C'était surtout l'été, quand les plombs se fondaient,
Que ces grands murs noircis en tristesse abondaient,
Lorsque la Canicule ou le fumeux Automne
Irradiait les cieux de son feu monotone,
Et faisait sommeiller, dans les sveltes donjons -
Les tiercelets criards, effroi des blancs pigeons ;
Saison de rêverie, où la Muse s'accroche
Pendant un jour entier au battant d'une cloche ;
Où la Mélancolie, à midi, quand tout dort,
Le menton dans la main, au fond du corridor, -
L'oeil plus noir et plus bleu que la Religieuse -
Dont chacun sait l'histoire obscène et douloureuse,
- Traîne un pied alourdi de précoces ennuis,
Et son front moite encore des langueurs de ses nuits.
- Et puis venaient les soirs malsains, les nuits fiévreuses,
Qui rendent de leurs corps les filles amoureuses,
Et les font, aux miroirs, - stérile volupté, -
Contempler les fruits mûrs de leur nubilité, -
Les soirs italiens, de molle insouciance,
- Qui des plaisirs menteurs révèlent la science,
- Quand la sombre Vénus, du haut des balcons noirs,
Verse des flots de musc de ses frais encensoirs. -
……………………………………………………….
Ce fut dans ce conflit de molles circonstances,
Mûri par vos sonnets, préparés par vos stances,
Qu'un soir, ayant flairé le livre et son esprit,
J'emportai sur mon coeur l'histoire d'Amaury.
Tout abîme mystique est à deux pas du doute. -
- Le breuvage infiltré lentement, goutte à goutte,
En moi qui, dès quinze ans, vers le gouffre entraîné,
Déchiffrais couramment les soupirs de René,
Et que de l'inconnu la soif bizarre altère,
- A travaillé le fond de la plus mince artère.
J'en ai tout absorbé, les miasmes, les parfums,
Le doux chuchotement des souvenirs défunts,
Les longs enlacements des phrases symboliques,
- Chapelets murmurants de madrigaux mystiques ;
- Livre voluptueux, si jamais il en fut.
Et depuis, soit au fond d'un asile touffu,
Soit que, sous les soleils des zones différentes,
L'éternel bercement des houles enivrantes,
Et l'aspect renaissant des horizons sans fin
Ramenassent ce coeur vers le songe divin, -
Soit dans les lourds loisirs d'un jour caniculaire,
Ou dans l'oisiveté frileuse de frimaire, -
Sous les flots du tabac qui masque le plafond,
- J'ai partout feuilleté le mystère profond
De ce livre si cher aux âmes engourdies
Que leur destin marqua des mêmes maladies,
Et, devant le miroir j'ai perfectionné
L'art cruel qu'un démon en naissant m'a donné,
- De la douleur pour faire une volupté vraie, -
D'ensanglanter son mal et de gratter sa plaie.

Poëte, est-ce une injure ou bien un compliment ?
Car je suis vis-à-vis de vous comme un amant
En face du fantôme, au geste plein d'amorces,
Dont la main et dont l'oeil ont, pour pomper les forces,
Des charmes inconnus. - Tous les êtres aimés
Sont des vases de fiel qu'on boit les yeux fermés,
Et le coeur transpercé, que la douleur allèche,
Expire chaque jour en bénissant sa flèche.

BAUDELAIRE-DUFAŸS
17, quai d'Anjou.
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 17:54    Sujet du message: Publicité

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mymy
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 17:57    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

Lettre à Gérard de Nerval (écrit le 10 mai 1850 à Neuilly)

Mon cher Gérard, je m'imaginais pouvoir, ce soir, profiter de votre billet. Cela demain me sera impossible. Je donne à Malassis votre billet pour la dernière0 répétition. Il en profitera pour emmener Champfleury.
Quant à moi, je vous prie instamment de m'envoyer deux places, avenue de la République, 95. Neuilly. Remarquez que l'une des deux est pour ma femme. Les femmes vont, je crois, à l'orchestre. De plus, et ceci est important, que les billets que vous m'enverrez ne soient valables que pour deux ou trois jours après le moment où je les recevrai. Veuillez agréer toutes mes amitiés.
CHARLES BAUDELAIRE

Lettre à Auguste Poulet-Malassis ( écrit le 18 mars 1857 à Paris )

Mon cher ami, je vous remercie ; j'ai reçu ce soir la deuxième feuille et le gros paquet. Cela maintenant va aller rondement.
Il m'a encore été impossible de vous écrire aujourd'hui tout ce que j'ai à vous dire.
Je vous adresse seulement à la hâte trois ou quatre observations :
1ère. Vos guillemets singulièrement retournés, est-il nécessaire d'en mettre tout du long ?
2e. Je vous recommande ma dédicace avec un amour infini. Quelque chose de menu, d'élégant, avec proportions, et mettant un peu plus en vue les trois ou quatre parties principales.
3e. Votre titre courant n'est-il pas trop près du premier vers ? Il faudrait au moins autant d'espace entre le premier vers et le titre courant qu'entre les strophes.
4e. Votre deuxième vol[ume] ! Je vous supplie de me laisser finir ceci d'abord ; autrement vous me ferez mettre des vers dans la prose, et de la prose dans les vers, ou bien de l'ornithologie ou des manœuvres de navire dont j'ai la tête cassée. Qui m'empêchait (si ce n'est la crainte du désordre) de vous laisser emporter de Paris ce deuxième vol[ume] auquel il me manque que trois articles : Caricatures, Opium et Peintres raisonneurs ? Mais alors les lacunes ! et les remaniements ! et le Diable !
Vous dites bien du mal de moi sans doute là-bas ; mais dans quelques jours vous jugerez combien j'ai raison.
Quant à la lettre, vous avez sans doute bien fait de la supprimer ; vous avez évidemment deviné que ce qui m'exaspérait était l'idée que votre beau-frère vous exaspérait et qu'il en pouvait résulter une altération dans nos anciens et excellents rapports.
Mes respects à votre mère si elle se souvient de moi.
Vous aurez la bonté de me montrer la première feuille rectifiée. Je vous ai donné le bon à tirer pour vous mettre un peu de baume dans le sang.
Quant aux Notes, il faudra prendre un parti, et si vous tenez à souiller le volume, je découvrirai un moyen mixte.
Egalité d'interlignes !
Lettres cassées,
Etc., etc…… !
Votre ami.
CH. B.
Je présume qu'il est encore temps pour toutes ces petites choses, d'ailleurs importantes.
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mymy
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 18:08    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant


(par Nadar)



(auteur inconnu)


Dernière édition par mymy le Mar 10 Fév 2009 - 18:10; édité 1 fois
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mymy
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 18:09    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

Les Fleurs du mal

Entre romantisme et formalisme : la modernité
Le génie de Charles Baudelaire, romantique de tempérament, d'admirations (Hugo ou Sainte-Beuve) et de fréquentations (Gautier, Borel), mais conscient de la validité de certains arguments et valeurs des formalistes de 1850 (travail, maîtrise, rigueur) est d'avoir su inventer, en plein cœur de ce débat essentiel, une solution qui le mette à l'abri des pièges du lyrisme intempérant comme de la froideur parnassienne ou néo-classique.
La modernité, dont Baudelaire salue l'émergence chez des artistes contemporains (Delacroix, Constantin Guys, Daumier et plus tard Manet ou Cézanne) naît en fait de la double leçon romantique et formaliste. Loin de nier l'authenticité romantique ancrée dans le présent de l'histoire, et qui reste " l'expression la plus récente, la plus actuelle du beau ", elle se voudra un romantisme maîtrisé, débarrassé de ses conventions et infléchi dans le sens d'une plus grande conscience des pouvoirs de l'art.

L'itinéraire des Fleurs du mal

Chef-d'œuvre précisément de la production poétique de Baudelaire, ses Fleurs du mal de 1857 sont à l'image des tensions et de la dynamique qui animent l'esprit de la modernité. L'édition définitive offre la structure suivante :

1. " SPLEEN ET IDEAL " (poèmes I à LXXXV), où le poète décrit avec autant de patience que de cruauté la double postulation de son être, déchiré entre sa soif d'une idéalité perdue et son enlisement dans les tourments du quotidien, qu'il nomme " ennui ", " guignon ", et surtout " spleen ", puisque c'est à l'unicité de ce mot anglais qu'il a donné mission de traduire la pluralité de ses souffrances morales et physiques.

2. " TABLEAUX PARISIENS " (poèmes LXXXVI à CIII), où la ville, " la fourmillante cité pleine de rêves ", impose à la fois au créateur le miroir multiplié de sa laideur et de son mal et le mirage du lieu magique, fantasmatique, où se perdre c'est aussi se retrouver.

3. " LE VIN " (poèmes CIV à CVIII), première des grandes tentations de la chair.

4. " FLEURS DU MAL " (poèmes CIX à CXVII), autre florilège des vices et " péchés " de la chair, où les " femmes damnées " voisinent avec les Béatrice et les Vénus, pour le désespoir d'un être qui n'a jamais trop de courage pour " contempler (son) cœur et (son) corps sans dégoût ".

5. " REVOLTE " (poèmes CXVIII à CXX), moment de la colère et de l'anathème contre le Dieu " menteur "; moment de la compromission avec Satan, lui aussi victime, marginal et " aliéné ".

6. " LA MORT " (poèmes CXXI à CXXVI), dernier pari, mais peut-être aussi ultime tentation et suprême artifice où le " pauvre ", l'" amant " et l'" artiste " confient au miracle d'un dernier " Voyage " l'espérance d'une réconciliation et d'un salut.

La dualité qui fait le drame de Baudelaire, et qu'il identifiait aussi dans le Tannhaüser, de Wagner, comme " la lutte de deux principes qui ont choisi le cœur humain pour principal champ de bataille, c'est-à-dire de la chair avec l'esprit, de l'enfer avec le ciel, de Satan avec Dieu ", n'est pas plus effacée par les artifices de l'existence qu'elle n'est dépassée par la mystique de l'outre-tombe.

La poétique baudelairienne

ENTRE CLASSICISME...

Malgré ses louanges, Rimbaud reprochera plus tard à Baudelaire de n'avoir pas vu que " les inventions d'inconnu réclament des formes nouvelles ". L'auteur des Fleurs du mal, c'est vrai, n'est pas un grand novateur en matière de poétique. L'usage répété qu'il fait de l'alexandrin, du quatrain à rimes plates et du sonnet le prouve assez. Opposera-t-on à cela les " petits poèmes en prose " du Spleen de Paris, ce recueil disparate, conçu à l'imitation du Gaspard de la nuit, d'Aloysius Bertrand ? Certes, la souplesse de la phrase, la discontinuité des séquences et quelques audaces lexicales y servent bien la volonté du créateur de traduire son errance difficile dans " le grand désert d'hommes " du monde moderne. Néanmoins, et même si l'on excepte le phénomène des nombreux " doublets ", l'écriture de Baudelaire, loin d'inventer dans la prose un espace nouveau d'expression paraît rester en deçà d'elle-même et souffrir de l'antériorité à la fois chronologique et esthétique du vers.

... ET IMAGINATION

Mais dans tous les cas, l'originalité de Baudelaire est ailleurs : dans un subtil travail de l'imaginaire poétique. Pour lui, en effet, l'imagination, qui " est la plus scientifique des facultés ", ne doit être ni simple pouvoir d'ornementation ni creuset de fantasmes et de délires, non pas " fancy " mais, comme chez Edgar Poe, " constructive imagination ". Puisque l'existence échoue toujours face à la dérobade de l'essence et du sens, il faut donc imaginer ceux-ci, c'est-à-dire les mettre en images, les inscrire dans les " pièges " du tissu poétique. C'est là que s'impose la théorie chère à Baudelaire des " correspondances ". L'unicité réconfortante et l'infaillibilité absolue de l'image poétique sont les seuls et durables moyens d'exorciser la multiplicité dispersée et angoissante du monde.

Un héritage

Classique par conscience et formation, moderne par conviction et intuition, Baudelaire lègue à ses successeurs le modèle d'une poésie exigeante mais décisive. Précurseur du symbolisme des années 1870 par sa foi en l'imagination, qui symbolise, c'est-à-dire " accouple " les réalités dispersées, il fut aussi le premier inspirateur du surréalisme de 1920 par son goût du " bizarre " et du " merveilleux " enfouis au tréfonds du quotidien ou de nos rêves.
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mymy
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 18:18    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

Charles Baudelaire était un des plus grands poètes du 19ième siècle. À une époque où le monde littéraire était instable, l'écriture de Baudelaire apportait un nouveau point de vue. Il s'offrait au monde comme une entité complètement séparée des normes de la société mais il a créé par son écriture une intimité qui procure des sensations fortes. Ses oeuvres littéraires ont atteint la distinction d'être bien connues dans la société à cause des influences mondiales que Baudelaire a exercé sur les autres. Ses influences venaient de partout, notamment d'Angleterre, d'Amérique et de France. La liste suivante souligne les cinq influences les plus importantes pour le poète:

1. Victor Hugo
2. Thomas de Quincey
3. Edgar Allen Poe
4. Théodore de Banville
5. Théophile Gautier
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 18:25    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

Baudelaire par Gustave Courbet

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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 18:32    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

"Baudelaire parmi les fleurs du mal" – croquis de Nadar



Nadar, 1852 :
caricature de Baudelaire



«Vision céleste à l'usage de Paul Chenavard» par Baudelaire
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 18:34    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

Baudelaire collégien – vers 1833



Statuette de Christophe, ayant inspiré à Baudelaire la «Danse macabre» – vers 1859



Jeanne Duval, dessin de Baudelaire – vers 1859
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 18:42    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

Baudelaire par Nadar 1855

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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 18:50    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

Merci beaucoup
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 18:59    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

de rien
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 19:06    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant




Lettre de Baudelaire de Bruxelles adressée à Madame Paul Meurice
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 19:09    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant



par Nadar
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 19:12    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

exemplaire original des Fleurs du Mal vendu 603.000 euros



cet exemplaire dédicacé des Fleurs du Mal offert par Baudelaire au peintre Delacroix a atteint mercredi soir 27 juin chez Sotheby's à Paris la somme record de 603.000 euros lors d'une vente de manuscrits et livres rares
Or l'exemplaire est estimé entre 300.000 et 400.000 euros...
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 19:19    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

Dis donc, tu en trouves des choses
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 19:20    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

Le 5 juillet 1857, le Figaro dénonce l’immoralité du recueil. Le 7, la direction de la sûreté publique saisit le Parquet. Un inspecteur de la presse fait une visite au dépôt parisien de l’éditeur. Baudelaire alerte Malassis en ces termes « vite, cachez, mais cachez bien, toute l’édition ; vous devez avoir 900 exemplaires en feuilles… ne bavardez pas, n’effrayez pas Madame votre mère non plus que de Broise et venez vite… »
Le Procureur impérial requiert une information contre
« le sieur Baudelaire et les sieurs Poulet-Malassis et de Broise » (sic) ainsi que la saisie de tous les exemplaires

extrait du figaro du 5 juillet 1857

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mymy
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 19:21    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

Avant que l'ombre... a écrit:
Dis donc, tu en trouves des choses


oui et j'ai encore quelques éléments à poster
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mymy
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 19:25    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

Le Procès des Fleurs du mal

LE PROCÈS DES FLEURS DU MAL (1857)
vu par
La Revue des Procès contemporains (1885)

L'lntermédiaire des Chercheurs et des Curieux demandait, voici quelque temps déjà, des détails
sur le procès des Fleurs du Mal et n’obtenait que des renseignements incomplets. J’ai la bonne fortune de
pouvoir mettre sous les yeux de nos lecteurs toutes les pièces du débat, non reproduites jusqu’ici, restées
introuvables, et désirées cependant, comme en témoigne la note du « Chercheur », par le groupe, chaque
jour accru, des admirateurs de Baudelaire. .
Le 20 août 1857, Charles Baudelaire était traduit devant la sixième chambre correctionnelle
présidée par M. Dupaty, sous la double prévention d'offense à la morale publique et d'offense à la
morale religieuse. MM. De Broise et Poulet-Malassis, imprimeurs-éditeurs des Fleurs du Mal1
étaient prévenus du même délit.
Baudelaire avait alors 36 ans.
II avait publié quatre volumes, Ie Salon de 1845, celui de 1846, la traduction des Histoires
extraordinaires de Poe, et celle des Nouvelles histoires. Ses poésies et ses articles paraissaient
dans tous les recueils littéraires et venaient de pénétrer dans Ie sanctuaire de la Revue des Deux-
Mondes. Inconnu du public et devant Ie rester, il possédait la gloire d'être estimé par ses pairs à sa
haute et juste valeur. Les Fleurs du Mal furent accueillies par la critique comme un volume de
maitre et avec un respect que marque Ie mieux cette phrase d'Ed. Thierry, Ie feuilletonniste du
Moniteur Universel : « Je cherchais à louer Baudelaire ; comment Ie louerais-je mieux ? Je laisse
son livre et son talent sous l'austère caution du Dante. »
Aussi Ie procès qui fut intenté au poète, la condamnation surtout dont il fut frappé,
provoquèrent chez lui un sentiment de profonde stupéfaction. Celui à qui Gustave Flaubert
écrivait : « Vous chantez la chair sans l'aimer, d'une façon triste et détachée », se voyait assimilé
aux auteurs du genre qu'iI haïssait Ie plus, Ie badinage grivois. Celui dont les vers ont l'austérité de
l'airain, la gravité de I'orgue et Ie calme imposant des cariatides, ne put comprendre comment son
oeuvre était qualifiée d'obscène et de légère. Baudelaire n'en revenait pas et crut toute sa vie à un
malentendu. En sortant de I'audience, son ami Asselineau lui dit :
– Vous vous attendiez à être acquitté ?
– Acquitté, répondit-il, j'attendais que l'on me fit réparation d'honneur.
Cependant il ne fit appel de sa condamnation ni devant la justice, ni devant le public.
Asselineau raconte qu'à la troisième édition des Fleurs du Mal le poète voulut écrire une préface de
justification pour son livre. II se borna à en composer une esquisse qui ne fut jamais publiée et
dont voici la péroraison :
« Ce livre restera sur toute votre vie comme une tache, me prédisait, dès Ie
commencement, un de mes amis. En effet, toutes mes mésaventures lui ont jusqu'à présent donné
raison. Mais j'ai un de ces heureux caractères qui tirent une jouissance de la haine et qui se
glorifient dans Ie mépris. Mon goût diabolique passionné de la bêtise me fait trouver des plaisirs
particuliers dans les travestissements de la caIomnie. Chaste comme Ie papier, sobre comme
l'eau, porté à la dévotion comme une communiante, inoffensif comme une victime, il ne me
déplairait pas de passer pour un débauché, un ivrogne, un impie et un assassin. »
1 J’ai sous les yeux le volume poursuivi. C’est un volume in-8 : de 152 pages, imprimé à Alençon et publié à Paris par Poulet-Malassis
et de Broise libraires-éditeurs, 4, rue de Buci (1857) ; le titre est en rouge. L’exemplaire porte, au crayon, la dédicace suivante : A
Raymond Brucker, témoignage d’amitié, Charles Baudelaire.
Le Procès des Fleurs du mal
2
Baudelaire eut raison de ne pas publier d'apologie, même à ce point hautaine. Son livre
seul annulait en fait toutes les condamnations et justifiait I'orgueil de son silence, Les beautés
uniques de son oeuvre excusent même l'outrecuidance de ses boutades.
– Pourquoi faites-vous des vers, lui demandait celui qui devint depuis Ie plus spirituel de
nos journalistes, Aurélien Scholl, – et Baudelaire, de sa voix de pôle nord, avec un regard d’oiseau
de nuit : « Pour pouvoir en lire. »
Baudelaire se présenta devant la justice, assisté de Me Chaix d'Est-Ange fils et précédé par
un mémoire aux juges dans lequel il avait réuni les articles de MM. Édouard Thierry, Dulamon, J.
Barbey d’Aurevilly et Charles Asselineau2. II avait joint au mémoire cette apostille signée de ses
initiales :
« Les quatre articles suivants, qui représentent la pensée de quatre esprits délicats et
sévères, n'ont pas été composés en vue de servir de plaidoirie. Personne, non plus que moi, ne
pouvait supposer qu'un livre empreint d’une spiritualité aussi ardente, aussi éclatante que les
Fleurs du Mal, dut être l'objet d'une poursuite ou plutôt I'occasion d'un malentendu.
Deux de ces morceaux ont été imprimés ; les deux derniers n'ont pas pu paraître. Je laisse
maintenant parler pour moi M.M. Édouard Thierry, Frédéric Dulamon, J. B. d'Aurévilly et Charles
Asselineau ».
C. B.
À côté de Baudelaire, M. Poulet-Malassis (M. de Broise faisant défaut) s'asseyait sur les
bancs correctionnels, plus à l’aise que Ie poulet qui, sur la couverture symbolique de ses volumes,
tentait un équilibre instable3. Me Langon assistait M. Poulet-Malassis.
Avant I'audience, Baudelaire s'était rendu dans Ie cabinet de M. Ie substitut Pinard et il lui
exprimait, avec une bonne foi complète, sa stupéfaction, exposant candidement une théorie
artistique, que M. Pinard ne pouvait partager. Du moins « I'organe du ministère public » fut-il
convaincu de la sincérité absolue de celui dont il allait demander la condamnation, et Ie sentiment
qu'il eut de la loyauté littéraire du « prévenu », explique Ie ton, modéré pour l'époque, de son
réquisitoire.
RÉQUISlTOIRE DE M. PiNARD
Poursuivre un livre pour offense à la morale publique est toujours chose délicate. Si la
poursuite n'aboutit pas, on fait à l'auteur un succès, presque un piédestal ; il triomphe, et on a
assumé, vis-à.-vis de lui, l'apparence de la persécution.
J'ajoute que, dans l'affaire actuelle, l'auteur arrive devant vous, protégé par des écrivains de
valeur, des critiques sérieux dont Ie témoignage complique encore la tâche du ministère public.
Et cependant, messieurs, je n’hésite pas à la remplir. Ce n'est pas l'homme que nous avons
à juger, c'est son oeuvre, ce n'est pas Ie résultat de la poursuite qui me préoccupe, c'est
uniquement la question de savoir si elle est fondée.
Charles Baudelaire n'appartient pas à une école. II ne relève que de lui-même. Son
principe, sa théorie, c'est de tout peindre, de tout mettre à nu. Il fouillera la nature humaine dans
ses replis les plus intimes ; il aura, pour la rendre, des tons vigoureux et saisissants ; il l'exagèrera
surtout dans ses côtés hideux ; il la grossira outre mesure, afin de créer l'impression, la sensation.
II fait ainsi, peut-il dire, la contre-partie du classique, du convenu, qui est singulièrement monotone
et qui n' obéit qu'à des règles artificielles .
Le juge n'est point un critique littéraire, appelé à se prononcer sur des modes opposés
d'apprécier l'art et de Ie rendre. II n'est point Ie juge des écoles, mais Ie législateur l'a investi d'une
2 On retrouvera ses articles dans l’édition définitive des oeuvres complètes de Baudelaire publiée par Calmann-Lévy.
3 Le volume incriminé ne contenait point le poulet mal assis qui devait constituer, avec un calembour, les armes parlantes de l’éditeur.
L’écusson tiré en rouge comme le titre représentait un caducée flanqué de deux cornes d’abondance, le tout supporté par deux mains
avec, en exergue, la devise : Concordiae fructus.
Le Procès des Fleurs du mal
3
mission définie : Ie législateur a inscrit dans nos codes Ie délit d'offense à la morale publique, il a
puni ce délit de certaines peines, il a donné au pouvoir judiciaire une autorité discrétionnaire pour
reconnaître si cette morale est offensée, si la limite a été franchie. Le juge est une sentinelle qui ne
doit pas laisser passer la frontière. Voilà sa mission.
lci, dans Ie procès actuel, Ie ministère public devait-il donner l'éveil ? Voilà Ie procès. Pour
Ie résoudre, citons dans ce recueil de pièces détachées celles que nous ne pouvons laisser passer
sans protester.
Je lis, à la page 53, la pièce 20, intitulée Les Bijoux, et j'y signale trois strophes qui, pour Ie
critique Ie plus indulgent, constituent la peinture lascive, offensant la morale publique :
Et ses bras el sa jambe et sa cuisse et ses reins
Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins.
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
S'avançaient plus câlins que les anges du mal,
Pour troubler Ie repos où mon âme était mise.
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme el solitaire, elle s'était assise.
Je croyais voir assis, par un nouveau dessin,
Les hanches de l'antiope au buste d’un imberbe
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, Ie fard était superbe.
à la page 73, dans la pièce 30, intitulée Le Léthé, je vous signale cette strophe finale :
Je sucerai, pour noyer ma rancoeur,
Le népenthès et la bonne ciguë
Aux bouts charmants de cette gorge aiguë,
Qui n'a jamais emprisonné de coeur.
Dans la pièce 39, À Celle qui est trop gaie, à la page 92, que pensez-vous de ces trois
strophes, où l'amant dit à sa maîtresse :
Ainsi je voudrais une nuit,
Quand l'heure des voluptés sonne,
Sur les trésors de ta personne,
Comme un lâche ramper sans bruit,
Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse.
Et, vertigineuse douceur,
À travers ces lèvres nouvelles
Plus éclatantes et plus belles,
T'infuser mon venin, ma soeur !
Le Procès des Fleurs du mal
4
De la page 187 à la page 197, les deux pièces 80 et 81 intitulées : Lesbos et Les Femmes
damnées sont à lire tout entières. Vous y trouverez dans leurs détails les plus intimes les moeurs
des tribades.
À la page 206, la pièce 87, intitulée Les Métamorphoses du Vampire, débute par ces vers :
La femme cependant, de sa bouche de fraise,
En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise
Et, pétrissant ses seins sur Ie fer de son busc,
Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc :
« Moi, j'ai la lèvre humide et je sais la science
De perdre au fond d'un lit l’antique conscience.
Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants
Et fais rire les vieux du rire des enfants.
Je remplace, pour qui me voit nue et sans voile,
La lune, Ie soleil, Ie ciel et les étoiles !
Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés,
Lorsque j'étouffe un homme en mes bras veloutés,
Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste,
Timide et libertine, et fragile et robuste,
Que sur ces matelas, qui se pâment d'émoi,
Les anges impuissants se damneraient pour moi. »
Sans doute, Baudelaire dira qu'à la strophe suivante il a fait la contre-partie en écrivant ces autres
vers :
Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle,
Et que languissamment je me tournai vers elle
Pour lui rendre un baiser d’amour, je ne vis plus
Qu’une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus.
De bonne foi, croyez-vous qu'on puisse tout dire, tout peindre, tout mettre à nu, pourvu
qu'on parle ensuite du dégoût né de la débauche et qu'on décrive les maladies qui la punissent ?
Messieurs, je crois avoir cité assez de passages pour affirmer qu'i! y a eu offense à la
morale publique. Ou Ie sens de la pudeur n'existe pas, ou la limite qu' elle impose a été
audacieusement franchie.
La morale religieuse n'est pas plus respectée que la morale publique. Je signalerai sur ce
second point : Le Reniement de saint Pierre, pièce 90, à la page 217 ; – Abel et Caïn, pièce 91, à
la pièce 219 ; – Les Litanies de Satan, pièce 92, à la page 222 ; – Le Vin de l'Assassin, pièce 95, à
la page 235.
Prendre parti pour Ie reniement contre Jésus, pour Caïn contre Abel, invoquer Satan à
l'encontre des Saints, faire dire à l'assassin : Je m'en moque comme de Dieu, du Diable ou de la
Sainte-Table, n'est-ce pas accumuler des débauches de langage qui justifient l'ordonnance du juge
d'instruction ?
Oui : il a dû renvoyer Baudelaire devant les juges correctionnels pour offense à cette
grande morale chrétienne qui est en réalité la seule base solide de nos moeurs publiques.
Pour justifier ce renvoi, pour amener ce débat public entre la prévention et la défense, les
présomptions suffisaient et les présomptions y étaient. Mais, après les explications contradictoires
de l'audience, avez-vous la certitude nécessaire pour condamner sur Ie second chef ? Vous
apprécierez si Baudelaire, cet esprit tourmenté, qui a voulu faire de l'étrange plutôt que du
blasphème, a eu conscience de cette offense-là.
Le Procès des Fleurs du mal
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L'offense à la morale publique, voilà celIe que je trouve invinciblement démontrée, et je
tiens, sur ce point, à répondre à toutes les objections.
La première objection qu'on me fera sera celle-ci : Le livre est triste ; Ie nom seul dit que
l'auteur a voulu dépeindre Ie mal et ses trompeuses caresses, pour en préserver. Ne s'appelle-t-il
pas les Fleurs du Mal ? Dès lors, voyez-y un enseignement au lieu d'y voir une offense.
Un enseignement ! Ce mot-là est bientôt dit. Mais, ici, il n'est pas la vérité. Croit-on que
certaines fleurs au parfum vertigineux soient bonnes à respirer ? Le poison qu'elles apportent
n'éloigne pas d'elles ; il monte à la tête, il grise les nerfs, il donne Ie trouble, Ie vertige, et il peut
tuer aussi.
Je peins Ie mal avec ses enivrements, mais aussi avec ses misères et ses hontes, direzvous
! Soit ; mais tous ces nombreux lecteurs pour lesquels vous écrivez, car vous tirez à plusieurs
milliers d'exemplaires et vous vendez à bas prix, ces lecteurs multiples, de tout rang, de tout âge,
de toute condition, prendront-ils l'antidote dont vous parlez avec tant de complaisance ? Même
chez vos lecteurs instruits, chez vos hommes faits, croyez-vous qu'il y ait beaucoup de froids
calculaleurs pesant Ie pour et le contre, mettant Ie contre-poids à côté du poids, ayant la tête,
l'imagination, les sens parfaitement équilibrés ! L'homrne n'en veut pas convenir, il a trop d'orgueil
pour cela. Mais la vérité la voici : l'homme est toujours plus ou moins infirme, plus ou moins faible,
plus au moins malade, portant d'autant plus Ie poids de sa chute originelle, qu'il veut en douter ou
la nier. Si telle est sa nature intime tant qu'elle n'est pas relevée par de mâles efforts et une forte
discipline, qui ne sait combien il prendra facilement Ie goût des frivolités lascives, sans se
préoccuper de l'enseignement que I'auteur veut y placer.
Pour tous ceux qui ne sont encore ni appauvris ni bIasés, il y a toujours des impressions
malsaines à recueillir dans de semblables tableaux. Quelles que soient les conséquences du
désordre, si édifiés que soient à cet égard certains lecteurs, ils rechercheront surtout dans les
pages de ce livre : La Femme nue, essayant des poses devant l'amant fasciné (pièce 20) ; – La
Mégère libertine qui verse trop de flammes et qu'on ne peut, comme Ie Styx, embrasser neuf fois
(pièce 24 Non satiata) ; – La Vierge folle, dont la jupe et la gorge aiguë aux bouts charmants
versent le Lethé (piece 30) ; – La Femme trop gaie, dont l'amant châtie la chair joyeuse, en lui
ouvrant des lèvres nouvelles (pièce 39) ; – Le beau Navire, où la femme est décrite avec la gorge
triomphante, provocante, bouclier armé de pointes roses, tandis que les jambes, sous les volants
qu'elles chassent, tourmentent les désirs et les agacent (pièce 48) ; – La Mendiante rousse, dont
les noeuds mal attachés dévoilent Ie sein tout nouvelet, et dont les bras, pour la déshabiller, se font
prier, en chassant les doigts lutins (pièce 63) ; – Lesbos, où les filles aux yeux doux, de leurs corps
amoureuses, caressent les fruits mûrs de leur nubilité (pièce 80) ; – Les Femmes damnées ou les
Tribades (pièces 81 et 82) ; – Les Métamorphoses, ou la Femme Vampire, étouffant un homme en
ses bras veloutés, abandonnant aux morsures son buste, sur les matelas qui se pâment d'émoi, au
point que les anges impuissants se damneraient pour eIle (pièce 87).
Dans ces pièces multiples où l'auteur s'évertue à forcer chaque situation comme s'il tenait
la gageure de donner des sens à ceux qui ne sentent plus, messieurs, vous qui êtes juges, vous
n'avez qu'à choisir. Le choix est facile, car l'offense est à peu près partout.
On me fait une seconde objection, en signalant dans Ie passé des livres tout aussi
offensants pour la morale publique et qui n'ont pas été poursuivis. Je réponds, qu'en droit, de
semblables précédents ne lient pas Ie ministère public, qu'en fait, il y a des questions d'opportunité
qui expliquent souvent l'abstention et qui la justifient. Ainsi, on ne poursuivra pas un livre immoral
qui n'aura nulle chance d'être lu ou d'être compris : Ie déférer à la justice, ce serait l'indiquer au
public, et lui assurer peut-être un succès d'un jour qu'il n'aurait point eu sans cela.
Mais cette réserve du ministère public ne pourra être, Ie lendemain, retournée contre lui.
Autrement, son action ne serait plus libre. Si l'immoralité des productions s'accentue, il faut qu'il
puisse toujours punir Ie vice, sans qu'on ait à lui reprocher de n'avoir pas antérieurement poursuivi.
Sans cela Ie résultat final serait l'impunité absolue, à quelque degré qu'on fût descendu.
Le Procès des Fleurs du mal
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Messieurs, j'ai répondu aux objections, et je vous dis : Réagissez, par un jugement, contre
ces tendances croissantes, mais certaines, contre cette fièvre malsaine qui porte à tout peindre, à
tout décrire, à tout dire, comme si Ie délit d'offense à la morale publique était abrogé, et comme si
cette morale n' existait pas.
Le paganisme avait des hontes que nous retrouvons traduites dans les ruines des villes
détruites, Pompéi et Herculanum. Mais au temple, sur la place publique, ses statues ont une nudité
chaste. Ses artistes ont Ie culte de la beauté plastique; ils rendent les formes harmonieuses du
corps humain, et ne nous le montrent pas avili ou palpitant sous l'étreinte de la débauche. lls
avaient Ie respect de la vie sociale.
Dans notre société imprégnée de christianisme, ayons au moins ce même respect.
J'ajoute que Ie livre n'est pas une feuille légère qui se perd et s'oublie comme Ie journal.
Quand Ie livre apparait, c'est pour rester; il demeure dans nos bibliothèques, à nos foyers, comme
une sorte de tableau. S'il a ces peintures obscènes qui corrompent ceux qui ne savent rien encore
de la vie, s'il excite les curiosités mauvaises et s'il est aussi Ie piment des sens bIasés, il devient un
danger toujours permanent, bien autrement que cette feuille quotidienne qu'on parcourt Ie matin,
qu'on oublie Ie soir et qu'on collectionne rarement.
Je sais bien qu'on ne sollicitera l'acquittement qu'en vous disant de blâmer Ie livre dans
quelques considérants bien sentis. Vous n'aurez pas, messieurs, ces imprévoyantes
condescendances. Vous n'oublierez pas que Ie public ne voit que Ie résultat final. S'il y a
acquittement, Ie public croit Ie livre absolument amnistié ; il oublie vite les attendus, et s'il se les
rappelait, il les réputerait démentis par Ie dernier mot de la sentence. Le juge n'aurait mis personne
en garde contre l'oeuvre, et il encourrait un reproche qu'il était loin de prévoir, et qu'il ne croyait pas
mériter, celui de s'être contredit. . Soyez indulgent pour Baudelaire, qui. est une nature inquiète
et sans équilibre. Soyez-le pour les imprimeurs, qui se mettent à couvert derrière l'auteur. Mais
donnez, en condamnant au moins certaines pièces du livre, un avertissement devenu nécessaire.
PLAIDOIRIE DE Me GUSTAVE CHAIX-D’ANGE
Charles Baudelaire n'est pas seulement Ie grand artiste et Ie poète profond et passionné au
talent duquel I'honorable organe du ministère public a tenu lui-même à rendre un hommage public.
II est plus : il est un honnête homme, et c'est pour cela qu'il est un artiste convaincu... Son
oeuvre, il l'a longuement méditée... elle est Ie fruit de plus de huit années de travail ; il l'a portée, il
l'a mûrie dans son cerveau, avec amour, comme la femme porte dans ses entrailles l'enfant de sa
tendresse…
Et maintenant, vous comprendrez la désolation véritable et la douleur profonde de ce
créateur sincère et convaincu qui, lui aussi, aurait pu mettre en tête de son oeuvre : « C'est icy un
livre de bonne foy », et qui la voit méconnue et traduite à votre barre comme contraire à la morale
publique et à la morale religieuse.
Est-ce que, sérieusement, ses intentions peuvent être douteuses ; est-ce que vous pouvez
hésiter un instant sur Ie but qu'il a poursuivi et sur la fin qu'il s'est proposée ? Vous l'avez entendu
lui-même il n'y a qu'un moment, dans les explications si loyales qu'il vous a données et vous avez
été frappés sans doute et émus de ces protestations d'un honnête homme.
II a voulu tout peindre, vous a dit Ie ministère public ; il a voulu tout mettre à nu ; il a fouillé
la nature humaine dans ses replis les plus intimes, avec des tons vigoureux et saisissants, il l’a
exagérée dans ses côtés hideux, en les grossissant outre mesure... – Prenez garde en parlant
ainsi, dirai-je à M. Ie Substitut ; êtes-vous sûr, vous-même, de ne pas exagérer quelque peu Ie
style et la manière de Baudelaire, de ne pas forcer la note et de ne pas pousser au noir ? Mais
enfin, soit ; c'est là sa méthode et c'est là son procédé ; où est la faute, je vous prie, au point de
vue même de I'accusation, où est la faute et surtout où peut être Ie délit, si c'est pour Ie flétrir qu'il
exagère Ie mal, s'il peint le vice avec des tons vigoureux et saisissants, parce qu'il veut vous en
Le Procès des Fleurs du mal
7
inspirer une haine plus profonde, et si Ie pinceau du poète vous fait de tout ce qui est odieux une
peinture horrible, précisément pour vous en donner 1'horreur... ?
On vous a dit et avec raison, messieurs, que Ie juge n'est point un critique littéraire, qu'il n'a
pas à prononcer sur les modes opposés de comprendre et de rendre l’art, qu'il n'a pas à décider
entre les écoles de style ; c'est pour cela que, dans les affaires de cette nature, ce n'est pas la
forme qu'il faut interrroger, mais Ie fond; et l'on risquerait fort de se tromper et de ne pas faire
bonne et équitable justice si l’on se laissait entraîner par quelques expressions, exagérées et
violentes, parsemées çà et là, sans aIler au fond des choses, sans rechercher les intentions
sincères, sans se rendre un compte bien exact de l'esprit qui anime Ie livre.
À cet égard vous avez, je vous l'ai dit, les déclarations et les protestations de l'homme, qu'il
faut rapprocher de son honorabilité parfaite ; et puisqu'il s'agit de ses intentions, vous avez encore
autre chose, c'est Ie livre lui-même.
Et d'abord, Ie poète vous prévient par son titre, qui est là, comme en vedette, pour
annoncer la nature et Ie genre de l’oeuvre ; c' est Ie mal qu'il va vous montrer, la flore des lieux
malsains, les fruits des végétaux vénéneux, son titre vous Ie dit, – comme ce titre de L’Enfer,
lorsqu'il s'agit de l'oeuvre du Dante – mais il va vous montrer tout cela, pour Ie flétrlr, pour vous en
donner l'horreur, pour vous. en inspirer la haine et Ie dégoût.
Après Ie titre, je lis l'épigraphe ; là est toute la pensée de l'auteur, là est tout l'esprit du livre,
c' est un second titre pour ainsi dire, plus explicite que le premier et qui l'explique, le commente et
le développe :
On dit qu'il faut couler les exécrables choses
Dans Ie puits de l'oubli et au sépulchre encloses,
El que par les escrits Ie mal résuscité
Infectera les moeurs de la postérité ;
Mais Ie vice n'a point pour mère la science,
Et la vertu n'est pas mère de l’ignorance.
(Th. Agrippa d’Aubigné, Les Tragiques, livre II)
La pensée intime de l'auteur, vous la trouverez, encore plus nettement marquée, dès Ies
premiers vers ; il les adresse au lecteur comme un avertissement, et voici ce qu’il lui dit :
La sottise, l'erreur, Ie péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps.
Et nous alimentons nos aimabIes remords
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.
Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux;
Et nous rentrons gaîment dans Ie chemin bourbeux,
Croyant par de viIs pleurs laver toutes nos taches.
C'est Ie Diable qui tient les fils qui nous remuent !
Aux objets répugnants nous trouvons des appas.
Chaque jour vers I'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.
Transformez cela en prose, messieurs, supprimez la rime et la césure, recherchez ce qu'il y
a au fond de ce langage puissant et imagé, quelles intentions s'y cachent ; et dites-moi si nous
n'avons jamais entendu tomber ce même langage du haut de la chaire chrétienne, et des lèvres de
Le Procès des Fleurs du mal
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quelque prédicateur ardent; dites-moi si nous ne trouverions pas les mêmes pensées, et
quelquefois peut-être les mêmes expressions dans les homélies de quelque rude et sévère père de
l'Église.
Voilà donc son programme, si je puis me servir de ce mot ; c'est la guerre déclarée aux
vices et aux bassesses de l'humanité, et comme une malédiction lancée à toutes les hontes qui .
Occupent nos esprits el travaillent nos corps
II s'indigne parce que
Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches
et c'est véritablement le langage même d'un moraliste qu'il tient, dans celte première page où il
entre en communication avec le lecteur pour stigmatiser si rudement
La. sottise, l'erreur, Ie péché, la lésine…
Voilà tout ce qu'il veut poursuivre, tout ce qu'il veut châtier dans des vers vengeurs et, certes, ce
n'est pas pour de pareils sentiments que vous le condamneriez.
Serait-ce donc pour la méthode employée, pour Ie procédé auquel il a recours, pour ce que
j'appellerai sa manière ? peindre Ie vice, mais Ie peindre sous des couleurs violentes, – je dirai, si
vous Ie voulez, sous des couleurs exagérées, – pour mieux faire ressortir ce qu'il renferme d'odieux
et de repoussant, voilà Ie procédé.
Certes, il est vieux comme Ie monde, et sans doute Baudelaire n'a pas Ie mérite de
l'invention ; il est.de tous les temps et de toutes les littératures ; tous les grands écrivains, tous les
poètes, tous les prosateurs, tous les moralistes I'ont employé, tous les orateurs profanes et tous
les orateurs sacrés s'en sont servis ; ce procédé, ce n'est pas autre chose que l'ilote ivre montré en
spectacle à la jeunesse spartiate pour lui inspirer l'horreur de l'ivresse.
Au théâtre, que voyons-nous autre chose ? Est-ce que vous connaissez une seule pièce
dans laquelle on ne vous montre pas l'homme malhonnête qu'on vous peint sous les couleurs les
plus noires, dont on vous inspire la haine, le traitre en un mot que la Providence ne manque pas de
frapper à la fin ; il est vrai que pour mieux faire ressortir son indignité et augmenter l’aversion du
spectateur, on ne manque guère de lui opposer l'honnête homme, l’homme vertueux qui triomphe ;
c'est ce qu'on appelle Ie vice puni el la vertu récompensée: Qu'est donc ce procédé, messieurs, si
ce n'est pas celui de Baudelaire ; et s'il est ainsi employé constamment et partout et par tous, c'est
qu'on n'a pas encore trouvé un meilleur moyen de corriger les hommes...
Un écrivain qui s'y connaissait bien un peu, sans doute, et dont l'autorité vaut bien quelque
chose, – Molière, – n'a-t-il pas écrit dans sa Préface du Tartufe
Les plus beaux traits d'une sérieuse morale sont moins puissants, Ie plus souvent, que ceux de la
satire; et rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts.
J'ai parlé de Molière et du Tartufe : Ai-je besoin de rappeler ici Ie sort qui attendait ce chefd'oeuvre
à son apparition, la cabale des faux dévots, la lutte terrible qu'il fallut subir pour arriver à la
représentation et la volonté même, la volonté la plus expresse du Grand Roi nécessaire pour que
la pièce put être donnée ; « Monsieur Ie premier Président ne veut pas qu'on Ie joue », avait dit I'
immortel auteur...
Aujourd'hui, nous ne comprenons plus ces obstacles, nous nous étonnons de cette
résistance; nous savons bien
Qu'il est de faux dévots ainsi que de faux braves
Le Procès des Fleurs du mal
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et que, sous peine de prendre la fausse monnaie à l'égal de la bonne, il faut distinguer entre
l'hypocrisie et la dévotion ; nous applaudissons tous aux traits sanglants dont Ie caractère odieux
d'un Tartufe est flagellé en d'admirables vers…
Et c'est Molière encore qui ajoute dans sa préface :
Peut-on craindre que des choses si généralement détestées fassent quelque impression
dans les esprits, que je les rende dangereuses en les faisant monter sur Ie théâtre ; qu'elles
reçoivent queIque autorité de Ia bouche d'un scélérat ? il n'y a nulle apparence à cela, et l'on doit
approuver la comédie du Tartufe, ou condamner toutes les comédies…
Tout cela, messieurs, est-ce un lieu commun ? Est-ce de ma part quelque hors-d'oeuvre
inutile puisque nous sommes tous aujourd'hui de l'avis de Molière… ?
Mais alors, pourquoi poursuivez-vous Baudelaire ? C'est Ie même procédé qu'il emploie ; il
vous montre Ie vice, mais il vous Ie montre odieux ; il vous Ie peint sous des couleurs
repoussantes, parce qu'il le déteste et veut Ie rendre détestable, parce qu'il le hait et veut Ie rendre
haïssable, parce qu'il Ie méprise et veut que vous Ie méprisiez. ,
Et puisque nous examinons ici la question du procédé littéraire, voulez-vous me permettre
de vous citer quelques lignes de Balzac, écrites par lui dans une lettre, et d'autant plus
intéressantes que cette lettre n'a pas été imprimée dans ses oeuvres :
Moraliser son époque est le but que tout écrivain doit se proposer, sous peine de n'être
qu'un amuseur de gens ; mais la critique a-t-el1e des procédés nouveaux à indiquer aux écrivains
qu'elle accuse d'immoralité ? Or, Ie procédé ancien a toujours consisté à montrer la plaie. Lovelace
est la plaie dans l'oeuvre colossale de Richardson. Voyez Dante : Ie Paradis est, comme poésie,
comme art, comme suavité, comme exécution bien supérieur à L'Enfer. Le Paradis ne se lit guère,
c'est L’Enfer qui a .saisi les imaginations à toutes les époques. Quelle leçon ! N'est-ce pas
terrible ?… Que répondra Ie critique ? Enfin Ie doux et saint Fénelon n'a-t-il pas été contraint
d'inventer les épisodes dangereux de Télémaque ? Ôtez-les ; Fénelon devient Berquin, plus Ie
style ; qui relit Berquin ? Il faut Ia candeur de nos douze ans pour Ie supporter.
Les grandes oeuvres subsistent par leurs côtés passionnés. 0r, la passion, c’est l’excès,
c’est le mal. L’écrivain a noblement rempli sa tâche, lorsqu'en prenant cet élément essentiel à toute
oeuvre littéraire, il I' accompagne d’une grande leçon. À mon sens une oeuvre profondément
immoraIe est celle où I'on attaquerait les bases de la Société par parti pris, où l'on justifierait le mal,
où l’on saperait la propriété, la. religion, la justice…
Supposez un homme de génie accomplissant Ie tour de force impossible d’un drame rempli
d'honnêtes gens. Cette pièce n'aurait pas deux représentations…
Tout cela est vrai, messieurs : non, l'affirmation du mal n’est pas la criminelle approbation ;
les poètes satiriques, les dramaturges, les historiens n'ont jamais été accusés de tresser des
couronnes pour les forfaits qu'ils racontent, qu'ils produisent sur la scène ; Baudelaire, qui les a
cueillies et recueillies, n'a pas dit que ces Fleurs du mal étaient belles, qu'elles sentaient bon, qu'il
fallait en orner son front, en emplir ses mains, et que c'était là la sagesse ; au contraire, en les
nommant, il les a flétries. Il n'a rien dit en faveur des vices qu'i! a moulés si énergiquement dans
ses vers ; on ne l'accusera pas de les avoir rendus aimables ; ils y sont hideux, nus, tremblants, à
moitié dévorés par eux-mêmes, comme on les conçoit dans l'Enfer ; et, pour m'appuyer ici sur
l'autorité d'un critique éminent qui est un de nos grands écrivains, j'ajouterai avec M. Barbey d'
Aurevilly : .
Le poète, terrible et terrifié, a voulu nous faire respirer l'abomination de cette épouvantabIe
corbeille qu'iI porte sur sa tête hérissée d'horreur. C’est là réellement un grand spectacle ! Depuis
le coupable cousu dans un sac, qui déferlait sous les ponts humides et noirs du moyen âge, en
criant qu'il fallait laisser passer une justice, on n'a rien vu de plus tragique que Ia tristesse de cette
Le Procès des Fleurs du mal
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poésie coupabIe qui porte le faix de ses vies sur son front livide. Laissons-la donc passer aussi !
On peut la prendre pour une justice, – Ia justice de Dieu !
Et sur les intentions du poète, et sur Ie procédé littéraire, voilà ce que j'avais à dire.
II me reste à rechercher maintenant s'il a dépassé les limites permises, et si, dans cette
oeuvre impétueuse et puissante, la morale religieuse et la morale publique sont outragées, comme
Ie prétend Ie ministère public ; outragées, vous entendez, Messieurs, et vous savez toute la portée
de ce mot ; la loi, comme on l'a dit, n'est pas une loi d'intolérance ; elle n'a pas eu pour objet
d'armer contre tous les auteurs tous les mécontentements possible d'un rigoureux casuiste, toutes
les susceptibilités d'un esprit trop facile à effaroucher ; on n'a pas voulu frapper par des
dispositions pénales tout ce qui pourrait faire murmurer une prude ou colorer les joues d'une
Agnès.
Et d'abord j'en préviens les mères de famille
Ce que j'écris n'est pas pour les petites filles
Dont on coupe le pain en tartines
a dit l’auteur d'Albertus.
Le mot outrage a été substitué dans la loi au mot atteinte que portait Ie projet; on a compris
que Ie mot atteinte avait un sens trop étendu ; il ne suffit donc pas, pour justifier la poursuite, que
vous rencontriez dans une oeuvre incriminée des passages que réprouve la rigueur d'une sévérité
ombrageuse et d'une pruderie trop facilement inquiétée ; ce qu'il faut, pour condamner, c'est Ie
cynisme grossier, c'est une dualité calculée et volontairement dangereuse ; en un mot, et pour
rentrer dans la définition légale, il faudra que la licence ait été violemment exagérée et qu'elle ait
pris Ie caractère d'un outrage.
Un autre point qu'il importe de ne pas oublier et sur lequel j'appelle votre attention, c'est que
l'oeuvre de Baudelaire n'est pas une réunion de pièces isolées, indépendantes les unes des autres,
sans lien et sans suite et sans ordre entre elles ; à cet égard, permettez-moi de recourir encore à
l'autorité littéraire de M. Barbey d'Aurevilly.
Nous ne pouvons, dit-iI, nous ne voulons rien citer du recueil de poésies en question, et
voici pourquoi : une pièce n'aurait que sa valeur individuelle, et, il ne faut pas s'y méprendre, dans
Ie livre de M. Baudelaire, chaque poésie a, de plus que la réussite des détails ou de la fortune de la
pensée, une valeur très importante d'ensemble et de situation, qu'il ne faut pas lui faire perdre, en
la détachant... Les Fleurs du mal ne sont pas à la suite les unes des autres comme tant de
morceaux lyriques dispersés par l'inspiration, et ramassés dans un recueil sans autre raison que de
les réunir. Elles sont moins des poésies qu’une oeuvre poétique de la plus forte unité. Au point de
vue de l'art et de la sensation esthétique, elles perdraient beaucoup à n'être pas lues dans l'ordre
où Ie poète, qui sait bien ce qu'iI fait, les a rangées. Mais elles perdraient bien davantage au point
de vue de l'effet moral que nous avons signalé au commencement de cet article.
Eh bien, qu'a fait Ie ministère public ? de cet ensemble dans lequel tout se tient, il a détaché
quelques morceaux, puis, dans chacun de ces morceaux, il a pris quelques lignes, quelques
phrases, ou même quelques lambeaux de phrases, il les a rapprochés, réunis, groupés dans une
habile et dangereuse énumération ; de façon que vous n'apercevez que ce qui est mauvais, et cela
avec une continuité qui vous frappe, qui vous saisit, qui vous révolte ; vous n'avez que Ie poison
sans Ie remède, vous n'avez que des extraits âcres, violents, concentrés, isolés de tout ce qui
devait les atténuer et les adoucir… Est-ce juste, messieurs ? est-ce là un procédé acceptable, ou
tout au moins qui soit de nature à vous donner Ie point de vue véritable et exact auquel l'oeuvre de
l'écrivain doit être considérée.
Le Procès des Fleurs du mal
11
Ainsi, alors qu'il s'agit de l'outrage à la morale religieuse, on vous signale trois pièces : Ie
Reniement de saint Pierre ; – Abel et Caïn ; – Le Vin de l'assassin. – Et après qu'on a relevé dans
chacune de ces pièces les passages les plus saillants, on se croit autorisé à dire devant vous qu'il
n'esl pas permis de prendre parti pour Ie reniement de saint Pierre contre Jésus, pour Caïn contre
Abel, pour Satan contre les Saints ; et l'on serait tenté de croire, sur la parole du ministère public,
que les sentiments du poète et l'esprit qui l'anime se traduisent par ces mots qu'on vous a cités.
Je m'en moque comme de Dieu,
Du diable ou de la Sainte Table
Mais ouvrez Ie livre ; vous verrez que ces trois pièces poursuivies, aussi bien que celles qui
suivent, se trouvent placées sous une rubrique spéciale : Révolte. Vous verrez que Ie poète a pris
soin de déclarer lui-même que les sentiments qu'il exprime ne sont pas les siens, el que les
plaintes, les malédictions, les blasphèmes même que contiennent ses vers, il les répudie et les
condamne ; on ne doit les considérer, dit-il dans les quelques lignes d’avertissement qui précèdent
ces pièces, que comme un pastiche des raisonnements de l'ignorance et de la fureur ; fidèle à son
douloureux programme, l'auteur des Fleurs du mal a dû, en parfait comédien, façonner son esprit à
tous les sophismes et à toutes les corruptions...
Non, ce ne sont pas là les sentiments de Baudelaire ; et certes, je ne puis mieux Ie prouver
qu'en vous lisant l'hymne extraordinaire dans lequel, parlant cette fois son propre langage, ouvrant
son âme à ses propres pensées, il s'abandonne en un cantique d'amour el de bénédiction :
Vers le ciel où son oeil voit un trône splendide
Le poète serein Iève ses bras pieux,
Et les vastes éclairs de son esprit Iucide
Lui dérobent l'aspect des peuples furieux.
Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés,
Et comme la meilleure et la plus pure essence
Qui prépare les forts aux saintes voluptés !
Je sais que vous gardez une place au Poète
Dans les rangs bienheureux des Saintes Légions,
Et que vous l'invitez à l'éternelle fête
Des Trônes, des Vertus, des Dominations.
Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
Et qu'il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.
Mais les bijoux perdus de l'antique Palmyre
Les métaux inconnus, les perles de la mer,
Montés par votre main, ne pourraient pas suffire
À ce beau diadème éblouissant et clair.
Car il ne sera fait que de pure lumière
Puisée au foyer saint des rayons primitifs,
Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs !
Le Procès des Fleurs du mal
12
Comprenez-vous maintenant, messieurs, le danger de juger une oeuvre entière, une oeuvre
d'ensemble, sur quelques pièces isolées, sur quelques vers détachés, sur quelques expressions
prises çà et Ià et habilement rapprochées ; quel est Ie poète et quelle est l'oeuvre qui pourraient
résister à un examen fait de cette sorte ? pour moi, je n'en connais pas, et vous me permettrez
d'en prendre un exempIe illustre : je ne pense pas que les Harmonies poétiques aient jamais été
suspectes ; je ne pense pas qu'on les ait jamais accusées de contenir un outrage à la morale
religieuse... Et cependant, écoutez :
Lorsque du Créateur la parole féconde
Dans une heure fatale eut enfanté Ie monde
Des germes du chaos,
De son oeuvre imparfaite il détourna sa face,
Et, d'un pied, dédaigneux le lançant dans l'espace,
Rentra dans son repos.
Va, dit-il, je te livre à ta propre misère ;
Trop indigne à mes yeux d'amour ou de colère,
Tu n'es rien devant moi :
Roule au gré du hasard dans les déserts du vide,
Qu'a jamais loin de moi Ie destin soit ton guide,
Et Ie malheur ton roi.
Il dit ; comme un vautour qui plonge sur sa proie
Le malheur, à ces mots, pousse, en signe de joie,
Un long gémissement ;
Et, pressant I' univers dans sa serre cruelle,
Embrasse pour jamais de sa rage éternelle
L'éternel aliment.
Le mal dès lors régna dans son immense empire ;
Dès lors tout ce qui pense et tout ce qui respire
Commença de souffrir ;
, Et la terre, et Ie ciel, et l'âme, et la matière,
Tout gémit, et la voix de la nature entière
Ne fut qu'un long soupir.
Levez donc vos regards vers les célestes pIaines,
Cherchez Dieu dans son oeuvre ; invoquez dans vos peines
Ce grand consoIateur,
Malheureux ! sa bonté de son oeuvre est absente,
Vous cherchez votre appui ? l'univers vous présente
Votre persécuteur.
[…]
Créateur tout-puissant, principe de tout être !
Toi pour qui Ie possible existe avant de naitre !
Roi de l'immensité,
Tu pouvais cependant, au gré de ton envie,
Puiser pour tes enfants Ie bonheur et la vie
Dans ton éternité !
Sans t'épuiser jamais, sur toute Ia nature
Le Procès des Fleurs du mal
13
Tu pouvais à longs flots répandre sans mesure
. Un bonheur absoIu.
L'espace, Ie pouvoir, Ie temps, rien ne te coûte :
Ah ! ma raison frémit; tu le pouvais sans doute,
Tu ne l'as pas vouIu.
[…]
Montez donc vers le ciel, montez, encens qu'il aime.
Soupirs, gémissements, larmes, sanglots, blasphème,
Plaisirs, concerts divins !
Cris du sang, voix des morts, plaintes inextinguibles,
Montez, allez frapper les voûtes insensibles
Du palais des destins !
Terre, élève ta voix : cieux, répondez ; abîmes,
Noir séjour où la mort entasse ses victimes,
Ne formez qu'un soupir !
Qu'une plainte éternelle accuse la nature,
Et que la douleur donne à toute créature
Une voix pour gémir !
[…]
. .
Hé quoi ! tant de tourments, de forfaits, de supplices,
N'ont-ils pas fait fûmer d'assez de sacrifices
Tes lugubres autels ?
Ce soleil, vieux témoin des malheurs de la terre,
Ne fera-t-il pas naître un seul jour qui n'éclaire
L'angoisse des mortels.
Héritiers des douleurs, victimes de la vie,
Non, non, n'espérez pas que sa rage assouvie
Endorme Ie malheur :
Jusqu’à ce que la mort, ouvrant son aile immense
Engloutisse à jamais dans l'éternel silence
L'éternelle douleur !
Que cela est beau, Messieurs, et quels admirables vers ! Je ne crois pas que la poésie
puisse s'élever plus haut et planer avec plus de puissance en un vol plus majestueux ; mais
demandez donc à la morale religieuse ce qu'elle pense de ce cri de révolte ? Ce n'est pas
Désespoir qu’il fallait nommer cette pièce ; c'est Imprécation, c'est Blasphème, c'est Malédiction…
qui donc a jamais pensé cependant à juger du poète et de ses sentiments religieux sur les vers
que je viens de lire ; qui donc a songé à l' accuser, qui donc. aurait osé poursuivre Lamartine pour
outrage à la morale religieuse... ?
Messieurs, je n'insisterai pas davantage sur ce point; aussi bien Ie ministère public luimême,
sans abandonner l'accusation en ce qui touche la morale religieuse, ne paraît pas la
réclamer avec insistance ; mais il n'en est pas de même quand il s'agit de la morale publique ; il lui
faut une condamnation, il veut bien qu'on la prononce légère, il vous convie à l'indulgence, mais il
tient absolument à ce que nous soyons condamnés, parce qu'il faut, dit-il, un avertissement.
Eh bien, je vous demande s'il est juste, parce qu'un avertissement paraît nécessaire au
ministère public, que cet avertissement tombe sur la tête de Baudelaire ? vous êtes seul juge,
Le Procès des Fleurs du mal
14
dites-vous, de l'opportunité de la poursuite : il y aurait bien des choses à répondre à une pareille
théorie, el l'opportunité en matière de poursuites correctionnelles me paraît tout au moins une
thèse peu juridique ; mais en tous cas, et si vous êtes vous, ministère public, juge de l'opportunité,
encore une fois, pourquoi choisissez-vous Baudelaire ; pourquoi sont-ce les Fleurs du mal que
vous voulez frapper, alors qu'assurément et le poète et ses filles n'ont mérité
Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.
Certes, je ne demande de poursuites contre personne, et 1'on ne peut supposer que ce soit là ma
pensée ; l'interpréter ainsi ce serait la dénaturer ; ce que je veux dire c'est qu'il ne peut y avoir deux
poids et deux mesures, la morale publique est une, et quand elle n'est pas outragée par tant
d'oeuvres qui remplissent nos bibliothèques, qui s'impriment et se réimpriment sans cesse et sous
vos yeux, par tant d'autres qui naissent chaque jour, soit en vers, soit en prose, comment la morale
publique serait-elle outragée par les quelques morceaux que Ie ministère public vous demande de
condamner dans 1'oeuvre de Baudelaire ?
Ces pièces, vous les connaissez, et je ne puis les relire ici ; laissez-moi dire en passant
que, dans Ie nombre, il y en a d'admirables, entre autres, Lesbos et Les Femmes damnées qu'au
point de vue poétique il est impossible de ne pas louer sans réserve
Mère des jeux latins et des voluptés grecques
Lesbos, où les baisers languissants et joyeux
Chauds comme les soleils, frais comme les pastèques,
Font l'ornement des nuits et des jours glorieux,
– Mère des jeux latins et des voluptés grecques…
Quant aux Femmes damnées… que M. Ie substitut a appelées les deux tribades !!! ce qui
est vif comme langage... et certes nous n'aurions jamais osé nous permettre de pareils mots
devant Ie tribunal, quant aux Femmes damnées, car je demande la permission de préférer
l'expression de mon client à celle du ministère public –, écoutez ces strophes :
À la pâle clarté des lampes languissantes
Sur de profonds coussins tout imprégnés d'odeur,
Hippolyte rêvait aux caresses puissantes
Qui levaient Ie rideau de sa jeune candeur.
Elle cherchait d'un oeil troublé par la tempête,
De sa naïveté Ie ciel déjà lointain
Ainsi qu'un voyageur qui détourne la tête
Vers les horizons bleus dépassés Ie matin.
De ses yeux amortis les paresseuses larmes,
L’air brisé, la stupeur, la morne volupté,
Les bras vaincus, jetés contre de vaines armes,
Tout servait, tout parait sa fragile beauté.
Puis fidèle au rôle qu'il s'est tracé, Ie poète, après avoir montré Ie vice, Ie flagelle en des vers
vengeurs, et quels vers ! Écoutez, messieurs :
Descendez, descendez, lamentables victimes,
Descendez Ie chemin de l'enfer éternel,
Plongez au plus profond du gouffre où tous les crimes,
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,
Le Procès des Fleurs du mal
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Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage ;
Ombres folIes, courez au but de vos désirs ;
Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
Et votre châtiment naitra de vos plaisirs.
[…]
Loin des peuples vivants, errantes, condamnées,
À travers les déserts courez comme les loups ;
Faites votre destin, filles désordonnées
Et fuyez l'infini que vous portez en vous !
Je n'ai pas résisté au désir de vous citer ces beaux vers, mais vous, messieurs, dans la chambre
du conseil, vous relirez toutes les pièces poursuivies et vous vous demanderez si c'est bien là ce
qui constitue Ie délit d'outrage à la morale publique ; vous vous Ie demanderez, en comparant
l'oeuvre de Baudelaire et les quelques vers que peuvent contenir quelques pièces, en les
comparant, dis-je, à ce que vous lisez tous les jours dans notre littérature moderne, el je parle ici
des auteurs les plus illustres, les plus aimés, les plus populaires, à. ceux que personne n'a jamais
pensé à incriminer au point de vue de l'outrage à la morale publique ; et pourtant jamais Baudelaire
n'est aIlé si loin qu'eux…
Vous trouverez dans mon dossier toute une série, et je vous assure qu' Ile est nombreuse,
de pièces détachées que j'ai recueillies dans notre littérature moderne, cela fait une assez jolie
collection ; Vous me permettrez bien de vous en lire ici quelques pièces ; Voici par exemple les
oeuvres de ce poète charmant qui s'appelle Alfred de Musset. Est-ce qu'il n'a pas commis la
ballade à la lune ?
Peut-être quand déchante
Quelque pauvre mari,
Méchante,
De loin tu lui souris.
Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni
La mère
Livre la clef du nid.
Le pied dans sa pantoufle
Voilà l’époux tout prêt
Qui souffle
Le bougeoir indiscret.
Au pudique hyménée
La Vierge qui se croit
Menée
Grelotte en son nid froid.
Mais Monsieur tout en flamme.
Commence à rudoyer
Madame
Qui commence à crier.
Ouf I dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille ;
Tu ne te tiens pas bien...
Je vous Ie demande, messieurs, il y a-t-il, dans tous les vers de Baudelaire, quelque chose qui
approche de ces simples mots, et de cette image :
Tu ne te tiens pas bien !...
Vous nous reprochez Ia pièce qui s'appeIle Les Bijoux, pourquoi, je vous prie ? Est-ce donc
parce que
Le Procès des Fleurs du mal
16
La très chère était nue, el, connaissant mon coeur,
Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores ?……
Sur cette nudité qui vous choque et que vous voulez élever à la hauteur d'un outrage à. la
morale publique… – comme si l'on pouvait supprimer Ie nu dans l'art et l'interdire à la poésie plus qu'à
la peinture ou à la statuaire – c'est encore avec Musset que je vais vous répondre :
Le sofa sur lequel Hassan était couché
Était dans son espèce une admirable chose.
II était de peau d'ours, – mais d'un ours bien léché,
Moelleux comme une chatte, et frais comme une rose ;
Hassan avait d'ailIeurs une très noble pose,
II était nu comme Éve à son premier péché.
Quoi ! tout nu ! dira-l-on, – n'avait-il pas de honte ?
Nu ! dès Ie second mot ! – Que sera-ce à la fin ?
Monsieur, excusez-moi ; – je commence ce conte
Juste quand mon héros vient de sortir du bain.
Je demande pour lui l'indulgence, et j'y compte.
Hassan était donc nu ; – mais nu comme la main,
Nu comme un plat d'argent, nu comme un mur d'église.
Nu comme Ie discours d'un académicien,
Ma lectrice rougit, el je la scandalise.
Mais comment se fait-il, madame, que I'on dise
Que vous ayez la jambe et la poitrine bien ?
Comment le dirait-on, si I'on n'en savait rien ?
Madame allèguera qu'elle monte en berline,
Qu'elle a passé les ponts lorsqu'il faisait du vent ;
Que, lorsqu'on voit le pied, la jambe se devine ;
El tout Ie monde sait qu'elle a le pied charmant.
Mais moi, qui ne suis pas du monde, j'imagine
Qu'elle aura trop aimé quelqu'indiscret amant.
El quel crime est-ce donc de se mettre à son aise,
Quand on est tendrement aimée, – et qu'il fait chaud ?
On est si bien tout nu, dans une large chaise !
Croyez-m'en, belle dame, et, ne vous en déplaise,
Si vous m'apparteniez, vous y seriez bientôt.
Vous en cririez sans doute un peu, – mais pas bien haut !
Toul est nu sur la terre, hormis I'hypocrisie ;
Toul est nu dans les cieux, tout est nu dans la vie,
Les tombeaux, les enfants et les divinités.
Tous les coeurs vraiment beaux laissent voir leurs beautés.
Ainsi donc le héros de cette comédie,
Restera, nu, madame, – et vous y consentez.
Que de beaux vers de Musset je pourrais vous citer surtout dans Rolla, ou dans Portia… et qu'il
faudrait supprimer, si c'était là de l'outrage à Ia morale publique…
Le Procès des Fleurs du mal
17
Mais que dire aussi du poète populaire, de Béranger, dont Perrotin a publié il y a peu de temps
une nouvelle et si magnifique édition ? faudra-t-il aussi expurger Béranger, faudra-t-il retrancher tant
de pièces charmantes ? faudra-t-il supprimer et les Deux Soeurs de charité, et Ia Cantharide, et
Jeannette, et la Grand'mère, et Ie Chapeau de la Mariée ? Non, n'est-iI pas vrai ? et personne ne Ie
voudrait. Et pourtant, la Grand'mère, vous savez bien ce qu'elle dit Ie soir de sa fête, de vin pur ayant
bu deux doigts :
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite
Et le temps perdu.
Quoi, maman, vous n'étiez pas sage !
– Non vraiment ; et de mes appas
Seule, à quinze ans, j'appris l'usage,
Car, la nuit, je ne dormais pas. .
Maman, vous aviez Ie coeur tendre ?
– Oui, si tendre qu'à dix-sept ans
– Lindor ne se fit pas attendre
Et qu'il n'attendit pas longtemps.
Maman, Lindor savait-il donc plaire ?
– Oui, seul il me plut quatre mois ;
Mais bientôt j'estimai Valère
Et fis deux heureux à la fois.
Quoi ! maman, deux amants ensemble ?
– Oui, mais chacun d'eux me trompa ;
Plus fine alors qu'il ne vous semble
J'épousai votre grand-papa.
Maman, que lui dit la famille ?
– Rien, mais un mari plus sensé
Eût pu connaître à la coquille
Que I'oeuf était déjà cassé.
[…]
Bien tard, maman, vous fûtes veuve ?
– Oui, mais grâce à ma gaieté,
Si l’église n’était pas neuve
Le saint n’en fut pas moins fêté.
Comme vous, maman, faut-il faire ?
– Et mes petits-enfants, pourquoi,
Quand j’ai fait comme ma grand-mère,
Ne feriez-vous pas comme moi ?
Si c’est là ce que la grand-mère appelle du temps perdu, je me demande ce que serait du
temps bien employé : elle ne parle pas de remords… soit ; mais il me semble qu’il ne devrait pas être
question de regrets…
Le Procès des Fleurs du mal
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Et cette autre amoureuse de Béranger, Jeannette, elle me paraît n’avoir jamais pensé, celle-là,
ni à des remords ni à des regrets…
Fi des coquettes maniérées,
Fi des bégueules du grand ton ;
Je préfère à ces mijaurées
Ma Jeannette, ma Jeanneton.
Jeune, gentille et bien faite,
Elle est fraîche et rondelette,
Son oeil noir est pétillant.
Prudes, vous dites sans cesse
Qu’elle a le sein trop saillant :
C’est pour ma main qui le presse
Un défaut bien attrayant.
La nuit, tout me favorise.
Point de voile qui me nuise,
Point d’inutiles soupirs ;
Des deux mains et de la bouche
Elle attise les désirs,
Et rompit vingt fois sa couche
Dans l’ardeur de nos plaisirs…
Voilà ce qu’a écrit Béranger, et bien d’autres choses encore, n’est-il pas vrai ? Voilà ce qui se
réimprime sans cesse, et vous n’avez jamais songé à poursuivre, et vous ne pourriez le faire sans
courir à un échec certain.
Et Gautier, cet admirable ciseleur de style et ce peintre merveilleux !… Laissez-moi vous en
parler ; laissez-moi vous parler de ce chef-d’oeuvre de style qui s’appelle Mademoiselle de Maupin4 :
c’est peut-être le roman le plus osé, si cela peut s’appeler un roman, qui ait été publié depuis
longtemps… à quelle page l’ouvrirai-je ? je n’ai que l’embarras du choix…
(La scène représente le lit de Rosette ; un rayon de soleil plonge à travers les rideaux : il est dix
heures… la chemise de Rosette a un tour de gorge de malines toutes déchirée ; la nuit a été
orageuse ; ses cheveux s’échappent confusément de son petit bonnet ; elle est aussi jolie que peut
l’être une femme que l’on n’aime point et avec qui l’on est couché).
Une querelle s’engage entre les deux amants, et voici comment le dialogue se termine :
– Rosette. Laissez-moi !
– Moi. Pardieu non !
– Rosette (se débattant). Oh ! vous me lâcherez !
– Moi. J’ose, madame, vous assurer le contraire.
– Rosette (voyant qu’elle n’est pas la plus forte). Eh bien, je reste, vous me serrez le bras d’une
force !… Que voulez-vous de moi ?
– Moi. Je pense que vous le savez. – Je ne me permettrais pas de dire ce que je me permets
de faire ; je respecte trop la décence.
– Rosette (déjà dans l’impossibilité de se défendre). À condition que tu m’aimeras beaucoup…
je me rends.
– Moi. Il est un peu tard pour capituler, lorsque l’ennemi est déjà dans la place.
– Rosette (me jetant les bras autour du cou, à moitié pâmée). Sans condition… je m’en remets
à ta générosité…
Je passe à la conclusion du roman : Madeleine de Maupin a épuisé, comme elle le dit, toutes
ses cruautés ; elle vient elle-même trouver d’Albert et se remettre entre ses mains :
4 Nous corrigeons. La Revue des procès contemporains laisse imprimer Madeleine de
Maupin.
Le Procès des Fleurs du mal
19
C’était bien Rosalinde, si belle et si radieuse qu’elle éclairait toute la chambre, avec ses cordons
de perles dans les cheveux, sa robe prismatique, ses grands sabots de dentelles, ses souliers à talons
rouges, son bel éventail de plumes de paon, telle enfin qu’elle était le jour de la représentation.
Seulement, différence importante et décisive, elle n’avait ni gorgerette, ni guimpe, ni fraise, ni quoi que
ce soit qui dérobât aux yeux des deux charmants frères ennemis, – qui, hélas ! ne tendent trop souvent
qu’à se réconcilier.
Une gorge entièrement nue, blanche, transparente comme un marbre antique, de la coupe la
plus pure et la plus exquise, saillait hardiment hors d’un corsage très échancré et semblait porter des
défis aux baisers…
Pourquoi, ma chère souveraine, avez-vous l’air chaste et sérieuse d’une Diane antique, là où il
faudrait plutôt les lèvres souriantes de Vénus sortant de la mer ?
– Voyez-vous, d’Albert, c’est que je ressemble plus à Diane chasseresse qu’à toute autre
chose. – J’ai pris fort jeune cet habit d’homme… En un mot, quoique ce soit une chose incroyable et
ridicule, je suis vierge – vierge comme la neige de l’Hymalaya, comme la lune avant qu’elle n’eût
couché avec Endymion, comme Marie avant d’avoir fait connaissance avec le pigeon divin ; et je suis
grave ainsi que toute personne qui va faire une chose sur laquelle on ne peut revenir. – C’est une
métamorphose, une transformation que je vais subir…
D’Albert, singulièrement ému, lui prit les mains ett en baisa tous les doigts, les uns après les
autres, puis rompit fort délicatement le lacet de la robe, en sorte que le corsage s’ouvrit et que les deux
blancs trésors apparurent dans toute leur splendeur. Sur cette gorge étincelante et claire comme
l’argent s’épanouissaient les deux belles roses du paradis. Il en serra légèrement les pointes
vermeilles dans sa bouche et en parcourut ainsi tout le contour ; Rosalinde se laissait faire avec une
complaisance inépuisable… L’étreignant dans ses bras, il couvrait de baisers ses épaules et sa poitrine
nues. Les cheveux de l’infante à demi pâmée se dénouèrent, et sa robe tomba sur ses pieds comme
par enchantement. Elle demeura tout debout comme une blanche apparition avec une simple chemise
de la toile la plus transparente… La chemise douée d’un heureux esprit d’imitation ne resta pas en
arrière de la robe ; elle glissa d’abord des épaules sans qu’on songeât à la retenir ; puis, profitant d’un
moment où les bras étaient perpendiculaires, elle en sortit avec beaucoup d’adresse et roula jusqu’aux
hanches dont le contour ondoyant l’arrêta à demi. – Rosalinde s’aperçut alors de la perfidie de son
dernier vêtement, et leva un peu le genou pour l’empêcher de tomber tout à fait. – Ainsi posée, elle
ressemblait parfaitement à ces statues de marbre des déesses, dont la draperie intelligente, fâchée de
recouvrir tant de charmes, enveloppe à regret les belles cuisses, et, par une heureuse trahison,
s’arrête précisément au-dessous de l’endroit qu’elle est destinée à cacher. – Mais, comme la chemise
n’était pas de marbre et que ses plis ne la soutenaient pas, elle continua sa triomphale descente, et se
coucha en rond autour des pieds de sa maîtresse, comme un grand lévrier blanc…
Vous m’en voudriez peut-être de continuer, messieurs… bien que la justice puisse et doive tout
entendre et que sa dignité n’en puisse être atteinte, j’avoue que je trouverais téméraire de lire dans
cette enceinte la scène qui suit… D’Albert aurait voulu que cette nuit durât quarante-huit heures,
comme celle où fut conçu Hercule ; et cependant il est vaincu par la fatigue, et le sommeil lui touche
les yeux du bout de l’aile au moment où l’aube commence, dit le poète, à jeter ses rayons blanchâtres
à travers les rideaux… cependant que fait la Rosalinde ; elle ne dort pas : lassata, peut-être… satiata,
sa curiosité ne l’est pas ; elle se lève sans bruit, se rajuste à la hâte, se retire doucement et : « au lieu
de retourner dans sa chambre… » – Si je vous disais qu’il était bien temps, quelqu’un me répondrait
peut-être comme dans la pièce : « non, il n’était plus temps… »
Donc :
Au lieu de retourner dans sa chambre, elle entra chez Rosette – ce qu’elle y dit, ce qu’elle y fit,
je n’ai jamais pu le savoir : seulement une femme de chambre de Rosette m’apprit cette circonstance
singulière : bien que sa maîtresse n’eût pas couché cette nuit-là avec son amant, le lit était rompu et
défait, et portait l’empreinte de deux corps. – De plus elle me montra deux perles exactement
Le Procès des Fleurs du mal
20
semblables à celles de la Rosalinde. Elle les avait trouvées dans le lit en le faisant ; je laisse cette
remarque à la sagacité du lecteur…
Quoi ! et après tout ce que je viens de vous lire, vous condamneriez Baudelaire ? Vous le
condamneriez après tant d’autres citations que je pourrais faire et dont vous trouverez dans mon
dossier une collection bien incomplète encore, mais fidèlement transcrite ? Vous y trouverez du
Rabelais, du Brantôme qui « a cogneu tant d’honnestes dames… » ; mais j’aurais pu puiser partout !
La Fontaine et ses contes, Molière, Voltaire et ses contes en prose, et Rousseau dont les confessions
renferment des passages immondes, et Beaumarchais, « auquel de toutes les choses sérieuses le
mariage a toujours paru la plus bouffonne. » Mais si j’osais, si la prosopopée pouvait trouver ici sa
place, j’évoquerais et j’invoquerais Montesquieu : « Oh ! Montesquieu que dirait ta grande âme, si pour
ton malheur rappelé à la vie, tu voyais poursuivre pour outrage à la morale publique Baudelaire et Les
Fleurs du Mal, toi qui as écrit Le Temple de Gnide et les Lettres persanes… » Que dirait Lamartine qui
a fait La Chute d’un ange, et Balzac avec sa Fille aux yeux d’or, et Georges Sand avec Lélia… ?
Je m’arrête, Messieurs, et je ne veux pas abuser plus longtemps de vos moments.
Je vous ai dit ce qu’était Baudelaire, et quelles avaient été ses intentions ; je vous ai montré sa
méthode, et son procédé littéraire, je viens de vous faire voir longuement qu’il n’y a rien dans son
oeuvre qui soit aussi osé dans le fond et dans la forme, dans l’expression et dans la pensée, que tout
ce que notre littérature imprime et réimprime tous les jours ; j’ai confiance que vous ne voudrez pas
frapper ce galant homme et ce grand artiste et que vous le renverrez purement et simplement des fins
de la poursuite.
Le Tribunal rendait son jugement en ces termes :
En ce qui touche Ie délit d'offense à la morale religieuse, attendu que la prévention n’est pas
établie, renvoie les prévenus des fins des poursuites ;
En ce qui touche la prévention d'offense à la morale publique et aux bonnes moeurs
Attendu que l'erreur du poète dans Ie but qu'il voulait atteindre et dans la route qu'il a suivie,
quelque effort de style qu'il ait pu faire, quel que soit Ie blâme qui précède ou qui suit ses peintures, ne
saurait détruire l'effet funeste des tableaux qu'il présente au lecteur, et qui, dans les pièces
incriminées, conduisent nécessairement à l'excitation des sens par un réalisme grossier et offensant
pour la pudeur ;
Attendu que Baudelaire, Poulet-Malassis et De Broise ont commis Ie délit d'outrage à la morale
publique et aux bonnes moeurs ;
Savoir : Baudelaire en publiant, Poulet-Malassis et De Broise, en publiant, vendant et mettant
en vente a Paris et à Alençon l'ouvrage intitulé : l.es Fleurs du Mal, lequel contient des passages ou
expressions obscènes ou immorales.
Que lesdits passages sont contenus dans les pièces portant les numéros 20, 30, 39, 80, 81 et
87 du recueil ;
Vu l’article 8 de la loi du 17 mai 1819, l’article 26 de la loi du 26 mai 1819 ;
Vu également l'article 463 du Code pénal ;
Condamne Baudelaire à 300 francs d'amende; Poulet-Malassis et De Broise chacun à 100
francs d'amende ;
Ordonne la suppression des pièces portant les numéros 20, 30, 39, 80, 81 et 87 du recueil5 ;
Condamne les prévenus solidairement aux frais.
5 XX, « Les Bijoux » : « La très chère était nue […] » ; « Le Léthé » : « Viens sur mon coeur, âme cruelle et sourde » ; XXXIX, « A Celle qui
est trop gaie » : « Ta tête, ton geste, ton air sont beaux comme un beau paysage… » ; LXXX, « Lesbos » : « Mère des jeux latins et des
voluptés grecques… » ; LXXXI, « Femmes damnées » : « A la pâle clarté des lampes languissantes… » ; LXXXVII, « Les Métamorphoses du
vampire » : « La Femme cependant de sa bouche de fraise… »
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 19:29    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

Ouhla, il va me falloir du courage pour lire tout ça mdr
Ce qui est intéressant de savoir, c'est que la même année, ce sont les Fleurs du mal et Madame Bovary, de Flaubert, qui ont été expurgées après procès. Ça traduit la période de rigidité morale de la première partie du Second Empire.
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MessagePosté le: Mar 10 Fév 2009 - 19:33    Sujet du message: Charles Baudelaire Répondre en citant

Épreuves d'imprimerie des Fleurs du Mal
corrigées de la main de Baudelaire (posté en miniature)







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MessagePosté le: Aujourd’hui à 20:05    Sujet du message: Charles Baudelaire

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